Ebola en RDC : la province du Haut-Uélé désormais contaminée
L’épidémie d’Ebola continue de progresser en République démocratique du Congo. Après avoir frappé les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le virus vient d’atteindre une quatrième région : le Haut-Uélé. Cette province, voisine de l’Ituri, partage des frontières avec le Soudan du Sud et la République centrafricaine.
D’après les données de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), une personne infectée a quitté l’Ituri pour se rendre dans le Haut-Uélé, y important le virus. Les autorités sanitaires confirment que ce patient est décédé. Les enquêtes épidémiologiques sont en cours pour identifier les cas contacts. Dans de nombreux cas, la contamination survient lors des rites funéraires, car le corps d’une personne décédée d’Ebola reste extrêmement contagieux.
Depuis plusieurs semaines, les équipes humanitaires déployées sur le terrain tentent d’organiser des enterrements sécurisés, respectant des mesures sanitaires strictes, malgré une forte méfiance de la population. En RDC comme ailleurs sur le continent, les cérémonies funéraires durent souvent plusieurs jours, et les proches touchent traditionnellement le corps du défunt.
Violences armées et défis sécuritaires
Le Haut-Uélé et l’Ituri sont des zones riches en or, situées aux confins de plusieurs pays, ce qui favorise les échanges intenses et la propagation du virus. Ces régions sont également en proie aux violences de groupes armés. En Ituri, des massacres sont régulièrement perpétrés par des milices communautaires ou le groupe ADF, affilié à l’État islamique. Récemment, les ADF ont mené des incursions dans le Haut-Uélé, déjà instable en raison de la présence de groupes venus des pays voisins.
Cette insécurité complique le déploiement de la riposte sanitaire, qui a été lancée avec du retard. Selon des enquêtes épidémiologiques en cours, les premiers décès suspects pourraient remonter à janvier. Les structures de santé, qui manquent de moyens dans ce pays parmi les plus pauvres du monde, peinent à obtenir des équipements de base comme des kits de protection et du chlore.
Les centres de traitement d’Ebola, mis en place avec l’Organisation mondiale de la santé et plusieurs ONG, sont déjà saturés. Le taux d’occupation atteint 138 %, selon l’Institut national de santé publique (INSP). Jusqu’à présent, 78 soignants ont été contaminés et 18 sont décédés.
Experts et autorités sanitaires s’accordent à dire que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint, plus de six semaines après la déclaration officielle. La crise pourrait durer entre six mois et un an. Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels, a tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des cinquante dernières années. En RDC, l’épidémie la plus meurtrière, entre 2018 et 2020, avait fait près de 2 300 morts pour 3 500 cas recensés.