Fièvre des Paris sportifs à Dakar : le Mondial 2026 attise les mises
Des supporters de l'équipe de football du Sénégal lors d'un défilé de la coupe d'Afrique des nations dans les rues de Dakar, le 20 janvier 2026. (Image d'illustration)

Dans ce groupe de jeunes footballeurs issus du même club de quartier, le débat autour du match Sénégal-France prévu le 16 juin fait rage. Rien n’est joué d’avance, tout semble possible. Assane a déjà élaboré une stratégie : « Je vais placer des mises sur deux applications différentes. Sur l’une, je mise sur la France, sur l’autre, sur le Sénégal. Comme ça, je maximise mes chances de gagner. Un de mes potes m’a appelé en me disant : « Assane, j’ai besoin d’argent, viens, on se lance dans les Paris. » Je lui ai répondu : « Vas-y, tentons notre chance. » »

Mohamed, quant à lui, ne cache pas son engouement pour les Paris. « Cela m’excite », lance-t-il en riant. Pour lui aussi, la frénésie des Paris sportifs a démarré avec l’approche du Mondial 2026. Ce jeune habitant de Dakar a déjà engagé des mises sur le match d’ouverture des Lions de la Teranga contre les Bleus. « J’ai misé sur plusieurs scénarios possibles. Premier ticket : le Sénégal gagne. Deuxième ticket : les deux équipes marquent. Ensuite, Mbappé marque pour la France, Sadio Mané pour le Sénégal, détaille-t-il. J’espère que cela se réalisera, car si c’est le cas, je touche le jackpot ! »

« On perd plus souvent qu’on ne gagne »

Le mois dernier, Mohamed a misé au total 80 000 francs CFA (environ 122 euros). Sur cette somme, il affiche une perte nette de 30 000 francs CFA (45 euros). Des mises modestes à chaque fois, mais réparties sur tous les championnats du globe. « Toutes les compétitions : championnats, Ligue des champions, Coupe de France, aux États-Unis, et même en Chine (rires). Il n’y a pas de limites chez nous. Mais il faut le dire : on perd plus qu’on ne gagne », reconnaît-il.

Comme de nombreux Sénégalais, Mohamed a été séduit par les Paris sportifs juste après la pandémie de Covid-19. À cette époque, les applications de Paris ont proliféré sur les écrans, transformant les habitudes. Malick Diouf, fondateur du Dakar Sport Summit, un salon dédié à l’économie du sport, explique : « Nous sommes un pays à majorité musulmane où les Paris étaient mal perçus. La digitalisation a levé ce tabou et permis à toutes les couches sociales de jouer sans être jugées. »

Le secteur est dominé par trois acteurs majeurs : l’opérateur russe 1xBet, la société française Betclic et le groupe sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, ces entreprises sont soumises à une taxe de 20% sur leurs revenus, de même que les gains des parieurs. « L’État y trouve son compte, mais l’argent collecté via les Paris sportifs devrait être réinvesti dans le sport professionnel, et surtout amateur », estime Malick Diouf.

Période très attendue par les amateurs de Paris sportifs, la Coupe du monde de football est aussi le moment de tous les excès. Des associations tirent la sonnette d’alarme face à une hausse des cas de dépendance.