Gabon : Emprunt record de 920 millions de dollars, un pari risqué sur les marchés

Libreville a réalisé un bond significatif sur la scène financière internationale en levant 920 millions de dollars, un montant bien au-delà de ses attentes initiales. Bien que cette opération marque une avancée par rapport à l’emprunt de 2025, le coût du crédit reste élevé, révélant une prudence persistante des investisseurs malgré les réformes mises en œuvre.

Thierry Minko, ministre de l'Économie du Gabon, lors de l'annonce de l'émission obligataire.

Un emprunt historique qui dépasse toutes les prévisions

Le 30 juillet 2026, le Gabon a finalisé un Eurobond de 920 millions de dollars (soit environ 524 milliards de FCFA), dépassant son objectif initial de 750 millions de dollars. Cette levée record, la plus importante depuis plusieurs années, témoigne d’un regain d’intérêt des marchés pour le pays.

Le règlement de l’opération est prévu autour du 5 août. Les obligations arriveront à échéance en 2033, après une durée de sept ans, incluant trois années de grâce pendant lesquelles seul le service des intérêts sera versé avant l’amortissement du capital.

L’État gabonais affirme que l’émission a été sursouscrite, avec une demande dépassant le milliard de dollars. Les investisseurs ont finalement retenu 920 millions, soit 170 millions de plus que prévu.

Comparaison avec l’émission de 2025 : des progrès, mais des limites

Cette opération améliore plusieurs aspects par rapport au placement privé de février 2025, où le Gabon avait levé 570 millions de dollars avec une échéance en 2029 et un coupon de 9,5 %.

En un an, le montant emprunté a progressé de 61,4 %, et la maturité s’est allongée, passant de quatre à sept ans. Le coupon a légèrement diminué, s’établissant à 9,375 %, soit une baisse de 12,5 points de base. Cependant, cette amélioration reste relative, car le coût réel de l’emprunt dépend aussi du prix d’émission et du rendement exigé par les investisseurs.

En 2025, l’obligation avait été émise sous sa valeur nominale, portant son rendement initial à 12,7 %. Pour l’Eurobond actuel, ni le prix d’émission ni le rendement effectif n’ont encore été communiqués, ce qui rend impossible une comparaison précise des gains financiers obtenus.

Contrairement à 2025, aucune opération de refinancement n’a été annoncée cette fois. Une part plus importante des fonds devrait donc servir à financer les besoins budgétaires de l’État.

Une performance supérieure au Cameroun, mais un coût plus élevé

Bien que le Gabon ait levé plus que le Cameroun, dont l’émission récente incluait un mécanisme de swap dollar-euro réduisant le risque de change, le coupon gabonais (9,375 %) reste plus élevé que le coût effectif camerounais (7,79 % en euros).

Cette différence s’explique en partie par la notation souveraine du Gabon, maintenue à « Caa2 » avec une perspective « négative » par l’agence Moody’s, en raison de besoins de financement importants et d’un accès limité aux ressources financières.

Le succès de l’émission ne doit pas occulter le fait que les investisseurs exigent une rémunération élevée pour couvrir le risque associé à la signature gabonaise.

Utilisation des fonds et perspectives d’endettement

Le gouvernement gabonais indique que le produit net de l’émission servira à financer des projets d’investissement publics et à régler des arriérés, notamment des engagements commerciaux extérieurs et multilatéraux. Ces fonds ne couvriront pas les créances dues aux entreprises locales.

Cette levée de 920 millions de dollars représente près de 61 % du plafond d’endettement autorisé par la loi de finances rectificative du 17 juillet (1,5 milliard de dollars). Libreville conserve donc une marge de manœuvre théorique d’environ 580 millions de dollars, sans qu’une nouvelle émission ne soit envisagée pour l’instant.

La loi prévoyait une maturité pouvant atteindre dix ans, mais l’emprunt final a une durée de sept ans seulement, sans explication de la part des autorités.

Un signal envoyé au FMI

Préparée sous l’égide du ministre des Finances Thierry Minko et finalisée par la publication d’un prospectus le 27 juillet, cette opération est également un message adressé aux institutions internationales. Le gouvernement y voit la preuve d’une « confiance renouvelée » dans la trajectoire économique du pays.

Cette dynamique pourrait être renforcée par la conclusion imminente d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Une mission du FMI est attendue à Libreville en septembre pour finaliser un programme économique et financier avant la fin de l’année 2026.

Malgré ce succès commercial, le Gabon reste confronté à un défi de taille : accéder aux marchés internationaux au prix d’une prime de risque élevée.