Interdiction des motos au Mali : une mesure controversée pour la sécurité
Interdiction des motos au Mali : un an sans importation ni vente de deux-roues de 125 cm³ et plus
Le gouvernement malien a décidé de restreindre drastiquement l’usage des motos de 125 cm³ et plus. Depuis le début du mois, leur circulation est interdite hors des grandes agglomérations, tandis que leur importation, leur vente et leur distribution sont suspendues pour un an, avec possibilité de renouvellement. Cette mesure s’inscrit dans une logique sécuritaire, alors que ces véhicules jouent un rôle clé dans la vie quotidienne et économique du pays.
- Transport
Cette interdiction, entrée en vigueur le 3 juin, marque l’une des restrictions les plus strictes jamais imposées à la mobilité civile au Mali. Les motos de 125 cm³ et plus ne peuvent désormais plus circuler hors des principales villes, des capitales régionales ou des chefs-lieux administratifs. Parallèlement, leur importation, leur commercialisation et leur distribution sont gelées pour une durée d’un an, renouvelable. Les ministères de la Défense, de la Justice, de la Sécurité, de l’Administration territoriale et des Transports ont signé l’arrêté interministériel qui encadre cette décision, applicable immédiatement sur l’ensemble du territoire malien, à l’exception des zones urbaines mentionnées.
Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de lutter contre les groupes armés qui exploitent ces deux-roues pour leurs opérations. En effet, les motos sont devenues des outils stratégiques dans les conflits sahéliens : transport de combattants, d’armes ou de ravitaillement, attaques éclair et fuite rapide après des exactions. Leur maniabilité et leur faible coût en font des équipements difficiles à remplacer pour les forces de sécurité.
Cette interdiction survient dans un contexte marqué par des attaques récentes, notamment celles du 25 avril, qui ont ciblé plusieurs localités dont Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces opérations ont été attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, ainsi qu’au Front de libération de l’Azawad.
Les motos, armes stratégiques des groupes armés au Sahel
Dans les zones sous tension du nord et du centre du Mali, les motos sont omniprésentes. Leur usage par les groupes armés dépasse largement le cadre des déplacements : elles servent à la logistique militaire, à la propagande et à la coordination des attaques. Leur capacité à emprunter des pistes non goudronnées les rend presque indétectables par les forces conventionnelles. Plusieurs pays du Sahel, comme le Burkina Faso et le Niger, ont déjà instauré des restrictions similaires pour limiter leur prolifération.
Un impact économique et social lourd à porter
La décision ne se limite pas à la circulation. Le gouvernement malien suspend également, pour un an, l’importation, le transit, la vente, la commercialisation et même la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs pièces détachées. Les commerçants disposent de 90 jours pour déclarer leurs stocks aux autorités. À défaut, les engins pourront être saisis. Cette mesure touche directement plusieurs secteurs : revendeurs, transporteurs, mécaniciens, commerçants de pièces et opérateurs de transport informel.
Les conséquences risquent d’être particulièrement lourdes en dehors des zones urbaines, où la moto est souvent le seul moyen de transport disponible. Sur un territoire de 1,24 million de km², ces restrictions pourraient paralyser les déplacements agricoles, l’accès aux soins, le transport scolaire et les activités commerciales. Pour de nombreux Maliens, notamment dans les zones rurales, cette interdiction équivaut à une asphyxie économique.