La rdc dénonce à l’ONU l’exploitation illicite des minerais et réclame une révolution dans leur gouvernance mondiale

La RDC exige à l’ONU une refonte radicale de la gestion des minerais stratégiques et met en cause le Rwanda

logo des initiatives pour une gouvernance transparente des ressources naturelles

La République démocratique du Congo a marqué un tournant dans sa diplomatie minière à New York. Lors d’une intervention remarquée à la tribune des Nations Unies, la ministre d’État, chargée des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner, a porté un message sans ambiguïté : les minerais critiques ne doivent plus être synonymes de dépendance, mais d’opportunités de développement souverain.

Dans un discours prononcé au cœur de la Réunion de haut niveau sur les minerais stratégiques, Kinshasa a exposé une vision claire : transformer radicalement les règles d’un système mondial qu’elle juge injuste et déséquilibré. La cheffe de la diplomatie congolaise a rappelé que la transition énergétique globale ne saurait être qualifiée de « juste » tant que les pays producteurs, comme la RDC, restent cantonnés au rôle d’exportateurs de matières brutes sans en tirer la moindre plus-value.

La RDC veut passer de fournisseur à acteur industriel majeur

Thérèse Kayikwamba Wagner a martelé un message fort : la RDC refuse désormais d’être un simple réservoir de ressources. Elle plaide pour une industrialisation locale complète des minerais stratégiques — tantale, cobalt, cuivre — indispensables aux technologies vertes et numériques. L’objectif ? Devenir un pôle africain incontournable dans la transformation industrielle, capable de créer des emplois, de moderniser les infrastructures et de générer une véritable richesse nationale.

Pour y parvenir, la ministre a insisté sur la nécessité d’un partenariat international renouvelé, basé sur trois piliers :

  • Le transfert de technologies : acquisition et maîtrise des savoir-faire industriels pour une exploitation durable et compétitive ;
  • Le renforcement des capacités locales : formation des professionnels congolais et développement des filières locales ;
  • Une répartition équitable des richesses : garantie que les revenus issus des chaînes de valeur mondiales profitent aux populations et aux États producteurs.

Cette ambition s’inscrit dans une logique de souveraineté économique et de rupture avec les modèles économiques coloniaux encore persistants dans le secteur minier africain.

L’exploitation illicite des minerais en RDC pointée du doigt à l’ONU

Au-delà de la question économique, la ministre a replacé le débat sur les minerais critiques dans son contexte sécuritaire le plus urgent. Elle a rappelé les conclusions accablantes du Groupe d’experts des Nations Unies concernant l’exploitation frauduleuse du coltan dans l’Est de la RDC, notamment à Rubaya.

Selon ces travaux, près de 1 400 tonnes de coltan auraient été illégalement exportées vers le Rwanda depuis la prise de contrôle de la zone par le groupe armé M23, soutenu par Kigali. Ces opérations frauduleuses généreraient un revenu mensuel estimé à 800 000 dollars américains, directement alimentant les activités du mouvement armé.

Thérèse Kayikwamba Wagner a dénoncé l’absence de sanctions internationales contre les Forces de défense rwandaises malgré ces preuves accablantes. Pour Kinshasa, cette situation illustre les failles criantes du dispositif onusien actuel dans la lutte contre le financement des conflits par l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Vers une gouvernance mondiale des minerais liée à la paix et à la sécurité

Profitant de la présidence congolaise du Conseil de sécurité de l’ONU, la ministre a annoncé une proposition ambitieuse : lier explicitement la gouvernance des ressources naturelles à la prévention des conflits, à la paix, à la sécurité et au développement durable.

Elle a appelé à une responsabilisation collective de tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement :

  • Les producteurs : pour une exploitation légale et transparente ;
  • Les négociants et transformateurs : pour une traçabilité rigoureuse ;
  • Les institutions financières : pour un contrôle accru des flux ;
  • Les industriels et pays consommateurs : pour une consommation responsable.

L’objectif ? Mettre fin à la fraude, à la contrebande et au financement des groupes armés, tout en protégeant les exploitants artisanaux légitimes qui représentent une part majeure de l’économie minière congolaise.

Un plaidoyer qui dépasse le cadre minier : la RDC redéfinit les règles du jeu

Avec cette intervention, la République démocratique du Congo ne se contente plus de défendre ses ressources. Elle exige une réforme profonde de la gouvernance mondiale de la transition énergétique, où les pays producteurs bénéficieraient enfin des retombées économiques de leurs richesses naturelles.

En plaçant la question des minerais stratégiques au cœur des débats sur la paix, la sécurité internationale et le développement durable, Kinshasa cherche à accroître la pression sur le Rwanda concernant l’exploitation illicite dans l’Est du pays. Mais au-delà, ce discours s’inscrit dans une stratégie plus large : rééquilibrer les rapports de force économiques et affirmer la place de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale.

Cette offensive diplomatique marque un tournant dans la politique minière congolaise et africaine, posant les bases d’un nouveau contrat mondial autour des ressources naturelles.