Tensions politiques en RDC : le clash Kabuya-Mbata à l’approche d’une marche contestataire

Une marche contestataire qui divise la majorité présidentielle

En République démocratique du Congo, les tensions au sein de la majorité présidentielle s’exacerbent à l’approche d’une manifestation prévue par la Coalition article 64. Cette initiative, qui doit se tenir le 22 juillet à Kinshasa, exige notamment le départ du président Félix Tshisekedi, accusé de vouloir modifier la Constitution pour prolonger son mandat.

Deux figures majeures de l’Union sacrée de la nation (USN), plateforme politique du chef de l’État, s’affrontent publiquement sur la stratégie à adopter : Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti au pouvoir), et André Mbata, secrétaire permanent de l’USN et professeur de droit constitutionnel. Leurs divergences illustrent les fractures internes d’une coalition fragilisée.

Kabuya appelle au calme tandis que Mbata lance un appel à manifester

Alors que la C64 prepare sa marche vers le Palais de la Nation pour dénoncer ce qu’elle considère comme une « trahison » du serment présidentiel, les réactions au sein de l’USN sont contrastées. André Mbata, actuellement en mission parlementaire à Yaoundé, a appelé sans détour les membres de l’USN à se mobiliser massivement « contre ceux qui menacent la démocratie en déniant au peuple congolais son droit souverain ».

Pourtant, Augustin Kabuya a immédiatement réagi en publiant un communiqué le 13 juillet, invitant les militants de l’UDPS à ne pas participer à cette manifestation. Dans un message laconique, il a ordonné : « Il n’y a aucune marche prévue à cette date et il ne faut pas emprunter les itinéraires qui seront utilisés par l’opposition ». Une position que Mbata juge inacceptable.

Une réponse cinglante de Mbata aux positions de Kabuya

Le député national a répondu avec virulence aux déclarations de Kabuya, soulignant que l’USN ne saurait être réduite à l’une de ses composantes. « Une déclaration politiquement incorrecte, prématurément et maladroitement faite par un responsable, n’engage que sa personne », a-t-il lancé. Mbata a rappelé que le secrétaire permanent de l’USN est le seul porte-parole légitime de la coalition, tandis que Kabuya, selon lui, agit en dehors de tout cadre institutionnel.

Pour le professeur de droit, le silence de la majorité présidentielle face à la marche de l’opposition est inacceptable. « Les membres de l’USN devraient superbement ignorer tout message en dehors de celui qui leur sera communiqué par le secrétaire permanent », a-t-il conclu, réaffirmant son appel à une contre-manifestation.

Un passé conflictuel qui resurgit

Cette rivalité n’est pas nouvelle. En 2024, André Mbata avait déjà pris ses distances avec Augustin Kabuya, allant jusqu’à soutenir un candidat opposé à celui proposé par le parti au pouvoir lors de l’élection du gouverneur du Sankuru en avril 2026. Kabuya, humilié par cette défaite, avait d’ailleurs ordonné aux cadres de l’UDPS de cesser de verser leurs cotisations à Mbata, qu’il accusait de vouloir saper son autorité.

Ces tensions internes, qui s’exacerbent à moins de deux ans des prochaines élections, révèlent une Union sacrée profondément divisée. Entre stratégies politiques divergentes et ambitions personnelles, la cohésion de la majorité présidentielle est plus que jamais mise à l’épreuve.

La marche de la C64, prévue le 22 juillet, s’annonce donc comme un tournant dans cette crise politique, avec en toile de fond la question cruciale : l’Union sacrée parviendra-t-elle à présenter une façade unie face à l’opposition ou sombrera-t-elle dans des divisions internes toujours plus visibles ?

Manifestation de l’opposition dispersée par la police