Le Cameroun face au vide institutionnel pendant l’absence prolongée de biya
Le Cameroun sous tension : Biya remanie l’armée pendant son absence en Suisse
Le président camerounais Paul Biya, doyen des chefs d’État africains, a opéré un remaniement stratégique au sein de l’armée nationale. Cette décision intervient alors que son absence prolongée du territoire camerounais, désormais entrée dans son deuxième mois, alimente les interrogations sur la stabilité du pays.
Des promotions militaires pour renforcer la stabilité
Parmi les mesures prises, cinq officiers supérieurs ont été élevés au grade de général de brigade. D’autres nominations ont été effectuées pour occuper des postes clés au sein des forces armées. Ces ajustements, bien que fréquents dans l’histoire politique du Cameroun, prennent une dimension particulière dans le contexte actuel.
L’âge avancé du chef de l’État, 93 ans, et la durée inhabituelle de son séjour à l’étranger ont ravivé les débats sur la gouvernance du pays. Le Cameroun fait face à une situation sans précédent : un président absent de son pays depuis près de deux mois, gérant les affaires publiques depuis Genève.
Une absence qui interroge la classe politique
Depuis son départ le 7 juin, les Camerounais s’interrogent sur les raisons de cette absence prolongée. Les autorités ont qualifié ce séjour de « bref séjour privé », sans préciser la date de retour du président. Cette opacité a nourri les spéculations, notamment sur l’état de santé du dirigeant, malgré les démentis officiels.
Le gouvernement camerounais a multiplié les communications rassurantes. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a affirmé que Paul Biya était en parfaite santé et qu’il travaillait activement depuis la Suisse. Il a également rejeté les critiques de l’opposition, qualifiant leurs accusations de « vacance du pouvoir » de totalement infondées.
Des réactions contrastées au sein de l’opposition
Les partis d’opposition ne partagent pas cet optimisme. Mamadou Mota, vice-président du parti CRM, dénonce un « vide institutionnel flagrant ». Il souligne que le pouvoir exécutif ne peut s’exercer à distance : « La conduite des affaires de l’État nécessite une présence physique et des décisions prises sur place, et non depuis des hôtels internationaux. »
Cette situation rappelle les remous politiques qui avaient suivi le coup d’État au Gabon voisin en 2023. Le Cameroun avait alors réagi promptement en renforçant son commandement militaire. Les récents événements pourraient expliquer, en partie, la volonté de Paul Biya de consolider la loyauté des forces armées.
Des décrets signés à distance : entre gouvernance et controverse
Pendant son séjour en Suisse, Paul Biya a signé plusieurs décrets, dont certains autorisent le gouvernement à contracter des emprunts auprès d’institutions financières internationales. Ces mesures, bien que légales, ont suscité des interrogations sur leur opportunité en période d’incertitude politique.
Par ailleurs, le poste de vice-président, créé en avril dernier, reste vacant. Cette absence de nomination, combinée à l’absence prolongée du président, accentue les craintes d’une paralysie institutionnelle. Les Camerounais attendent avec impatience le retour de leur président, dont la santé et la capacité à diriger le pays sont régulièrement questionnées.
L’histoire récente du Cameroun montre que les périodes d’absence prolongée de son dirigeant ont souvent été suivies de remaniements militaires. Cette fois encore, le pouvoir semble vouloir anticiper toute velléité de contestation en consolidant ses appuis au sein de l’armée.