Mali : l’échec de la stratégie sécuritaire de la junte face à la montée du JNIM
Les événements du printemps 2026 soulignent bien plus qu’une simple défaite tactique : ils marquent l’effondrement du récit politique porté par les autorités de transition au Mali. Malgré les discours officiels, la survie du pouvoir à Bamako semble aujourd’hui suspendue à l’intervention des mercenaires russes d’Africa Corps, sans lesquels la situation aurait probablement déjà basculé.
En érigeant la « souveraineté sécuritaire » en pilier central de sa gouvernance, le régime militaire avait promis une reconquête totale du territoire national une fois les forces étrangères évincées. Pourtant, trois ans après ce virage stratégique, la réalité du terrain contredit brutalement ces engagements. L’insécurité, loin d’être contenue, s’est étendue de manière alarmante en Afrique subsaharienne actualité.
L’offensive coordonnée menée à la fin du mois d’avril par le JNIM, en collaboration avec les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad, a frappé des points névralgiques tels que Kidal, Gao et Mopti, atteignant même les périphéries de la capitale. Ce revers est d’autant plus symbolique qu’il a coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara. Sa disparition fragilise un appareil d’État que la junte tentait de présenter comme infaillible et modernisé.
Cette montée en puissance du JNIM démontre une mutation profonde de l’organisation terroriste. Autrefois cantonnée aux zones rurales isolées, elle est désormais capable d’orchestrer des attaques complexes et politiquement ciblées contre les institutions. Cette évolution s’est opérée alors que le Mali s’isolait de ses partenaires traditionnels pour se lier à des acteurs russes dont l’apport sur le long terme reste largement contesté. Parallèlement à ce naufrage sécuritaire, les indicateurs économiques du pays s’enfoncent dans une crise encore plus profonde.
La communication officielle, vantant sans relâche les prouesses des FAMAs, ressemble de plus en plus à une tentative d’occulter une vérité devenue évidente pour la population malienne. Si les institutions tiennent encore debout, leur légitimité s’érode à mesure que les attaques se rapprochent des grands centres urbains. En échouant à garantir la protection des citoyens, le pouvoir militaire perd son principal argument de maintien aux affaires.
L’approche strictement militaire adoptée par Bamako montre ses limites. En ignorant les racines politiques, sociales et territoriales du conflit, les autorités ont favorisé l’émergence d’un front d’opposition hétéroclite, uni par une hostilité croissante envers l’administration centrale. Le renforcement des moyens de défense n’a pas suffi à inverser la tendance, les groupes armés exploitant habilement les carences de l’État et l’absence de services publics dans les régions périphériques.
Au niveau régional, l’Alliance des États du Sahel peine également à démontrer son efficacité. Ce cadre de coopération africaine, censé offrir une réponse locale aux menaces transnationales, se heurte à l’agilité de groupes djihadistes qui se jouent des frontières. Au final, la crise actuelle met en lumière une contradiction majeure : le régime a lié son destin à la sécurité, mais c’est précisément sur ce front qu’il subit ses plus lourds échecs, révélant la fragilité d’un État en quête de solutions durables pour les peuples africains.