Manifestations à Vogan contre la réforme constitutionnelle au Togo
Manifestations à Vogan : l’opposition togolaise rejette la réforme constitutionnelle de 2024
Dimanche dernier, des centaines de citoyens se sont rassemblés dans les rues de Vogan, une ville située à environ soixante kilomètres de Lomé, pour exprimer leur rejet catégorique de la Constitution togolaise de 2024. Ce texte, selon l’opposition, ouvre la voie à une extension illimitée du mandat du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis près de vingt ans.
Une mobilisation en hausse malgré un contexte politique tendu
Organisé par le Cadre national de concertation pour le changement au Togo (CNCC), ce rassemblement marque la deuxième initiative de ce type en trois mois. Si les manifestations restent rares dans le pays, cette coalition, regroupant partis d’opposition et organisations de la société civile, intensifie ses actions pour alerter sur ce qu’elle qualifie de « coup d’État institutionnel ».
Des slogans forts et une opposition déterminée
Les manifestants ont défilé avec des pancartes aux messages percutants : « Non au changement anticonstitutionnel du gouvernement » ou encore « Coup d’État constitutionnel ». Ces revendications reflètent une colère profonde face à une réforme jugée illégitime et antidémocratique.
David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo debout (FCTD), l’une des principales organisations à l’origine de ce mouvement, a vivement critiqué la nouvelle Constitution : « Ce texte est une violation flagrante de l’État de droit. Les Togolais ne toléreront jamais cette spoliation de leurs droits démocratiques. »
Une réforme constitutionnelle controversée
Entrée en vigueur en 2024, cette Loi fondamentale a profondément transformé les institutions togolaises. Elle supprime l’élection du président de la République au suffrage universel direct et instaure un régime parlementaire. Désormais, le poste de président du Conseil, considéré comme la fonction exécutive suprême, est occupé par Faure Gnassingbé, en poste depuis 2005.
Pour ses détracteurs, cette réforme vise à consolider son pouvoir indéfiniment. À l’inverse, ses partisans y voient une avancée pour une meilleure représentativité des institutions.
Bilan tragique des tensions et condamnation régionale
Les heurts liés à cette réforme ont déjà causé des victimes. En 2025, sept morts ont été recensés selon les organisations de la société civile, tandis que le parquet évoque cinq décès par noyade. Ces chiffres illustrent l’ampleur des tensions persistantes.
Une décision récente de la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), rendue le 29 janvier, a reconnu que cette réforme constituait un « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Une condamnation que le gouvernement togolais a immédiatement rejetée, arguant que la Cour n’a pas la légitimité pour se prononcer sur la constitutionnalité des lois nationales.