Marguerite Gnakadé : l’ex-ministre en grève de la faim pour dénoncer son incarcération au Togo

Depuis le 27 juillet 2026, une figure politique togolaise, Marguerite Gnakadé, refuse toute alimentation en signe de protestation contre les traitements subis en prison. Cette ancienne ministre des Armées, incarcérée depuis onze mois pour avoir critiqué le pouvoir en place, incarne désormais la lutte de dizaines de détenus politiques togolais toujours privés de liberté.

Le 30 août 2025, alors que Lomé était secouée par des manifestations massives de la jeunesse togolaise, révoltée par la hausse des prix et la réforme constitutionnelle instaurant un régime parlementaire, Marguerite Gnakadé s’est jointe au mouvement. Première femme à avoir dirigé le ministère des Armées au Togo entre 2020 et 2022, elle a été rapidement identifiée par les forces de l’ordre et brièvement reconduite à son domicile. Quelques semaines plus tard, le 17 septembre 2025, elle était arrêtée pour avoir publiquement remis en cause la gestion du pays par Faure Gnassingbé.

De l’ancienne ministre à symbole de la répression politique

Son parcours avant l’incarcération était déjà marqué par une singularité. Nommée à la tête des Armées en octobre 2020 sans expérience militaire préalable, Marguerite Gnakadé était également l’épouse d’Ernest Gnassingbé, frère décédé du président togolais. Pourtant, cette proximité avec le pouvoir n’a pas suffi à la protéger lorsqu’elle a choisi de s’engager aux côtés des manifestants plutôt que de s’en distancier.

Dans une déclaration collective de détenus politiques en grève de la faim, en novembre 2025, elle affirmait : « Nous entamons cette grève non par désespoir, mais par conviction. Quand la justice se tait, nos corps deviennent notre dernier cri. »

Une pratique devenue récurrente parmi les prisonniers politiques

L’initiative de Marguerite Gnakadé s’inscrit dans une série d’actions désespérées menées par des détenus togolais. Depuis 2025, la grève de la faim est devenue un moyen de pression face aux conditions de détention jugées inhumaines. En novembre 2025, trente-sept prisonniers politiques avaient entamé un mouvement similaire. En décembre, la militante Grâce Koumayi et le binational Abdoul Aziz Goma avaient tenu cinquante jours sans nourriture à la prison civile de Lomé, forçant une réaction des autorités pénitentiaires.

Plusieurs associations de défense des droits humains exigent désormais un accès immédiat aux soins pour l’ensemble des grévistes, dont l’état de santé se dégrade.

Des destins politiques contrastés derrière les barreaux

Marguerite Gnakadé n’est pas la seule ancienne personnalité du régime incarcérée. Son nom est souvent cité aux côtés de ceux de Kpatcha Gnassingbé et du général Félix Kadanga, deux autres figures ayant évolué dans l’entourage du pouvoir togolais. Leurs situations, cependant, diffèrent de la sienne.

Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du président du Conseil et ancien ministre de la Défense, a purgé seize années de prison pour tentative de coup d’État avant d’être libéré fin décembre 2025 grâce à une grâce présidentielle. Le général Félix Kadanga, ancien chef d’état-major des armées, purge quant à lui une peine de vingt ans pour complicité dans l’assassinat d’un colonel. À ce jour, Marguerite Gnakadé reste la seule parmi eux à être détenue pour un motif directement lié à l’expression d’une opinion politique.

Un contexte politique explosif au Togo

Depuis l’adoption, en mars 2024, d’une nouvelle Constitution transformant le régime présidentiel en régime parlementaire, Faure Gnassingbé exerce le pouvoir en tant que président du Conseil des ministres, sans limite de mandat. L’opposition a dénoncé cette réforme comme un « coup d’État constitutionnel », alimentant un mouvement de contestation mené par la jeunesse togolaise en 2025. La répression qui a suivi a conduit à une vague d’arrestations, incluant la majorité des détenus politiques aujourd’hui recensés.

Fin décembre 2025, une grâce présidentielle a permis la libération de 1 511 détenus, présentée comme un geste d’apaisement. Pourtant, les organisations de la société civile togolaise estiment que soixante-dix prisonniers politiques restent encore incarcérés.

Mobilisation internationale pour la libération des détenus d’opinion

Portée par des collectifs comme « Touche pas à ma Constitution » et plusieurs partis d’opposition, la lutte pour la libération des détenus politiques togolais se poursuit. Ces groupes rappellent qu’au moins neuf prisonniers seraient décédés en détention depuis le début de la répression et que d’autres portent les stigmates de mauvais traitements. Ils exigent la libération immédiate et sans condition de tous les détenus d’opinion, ainsi qu’un accès garanti aux soins pour les grévistes de la faim, dont l’état de santé continue de se détériorer après onze mois d’incarcération.