Mauritanie : une diplomatie subtile face aux tensions sur le Sahara occidental
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Un incident diplomatique survenu à Dakar a récemment mis en lumière la position délicate de la Mauritanie concernant le Sahara occidental. Entre équilibre stratégique, enjeux économiques et préservation de sa souveraineté, Nouakchott manie avec habileté une neutralité qui lui permet de naviguer entre Maroc et Algérie sans aliéner aucun camp.

Tout a basculé lors d’une réception organisée par l’ambassade du Maroc à Dakar pour la présentation d’un ouvrage. L’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a suscité une vive polémique en évoquant la proximité historique entre le Maroc et le Sénégal, suggérant une proximité géographique qui effacerait les frontières actuelles. Cette remarque a provoqué l’ire de l’ambassadeur mauritanien, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane, qui a immédiatement interrompu le discours en dénonçant une tentative de réécriture de l’histoire.

Bien que l’ambassadeur marocain, Hassan Naciri, soit intervenu pour calmer les tensions, cet incident a révélé les limites de la diplomatie mauritanienne. Comment Nouakchott peut-elle participer à un événement célébrant la marocanité du Sahara occidental tout en revendiquant une neutralité stricte dans ce conflit vieux de plusieurs décennies ?

Les propos de Cheikh Tidiane Gadio ont continué de faire réagir en Mauritanie. Isselmou Ahmed Izidbih, ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, a réagi sur les réseaux sociaux en exigeant que l’homme politique sénégalais soit déclaré persona non grata sur le territoire mauritanien, dans son espace aérien et dans ses eaux territoriales.

Une neutralité calculée entre deux géants

Cette scène dakaroise illustre parfaitement les contradictions d’une politique que Nouakchott assume désormais ouvertement. D’un côté, la Mauritanie reconnaît officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD) depuis 1984 et entretient des relations régulières avec le Front Polisario, tout en veillant à ne pas froisser son allié algérien, essentiel pour sa stabilité au nord.

De l’autre, elle refuse de conférer le statut d’ambassade à la représentation sahraouie sur son sol, une concession majeure faite à Rabat, qui considère toute reconnaissance de la RASD comme une déclaration de guerre. En participant aux commémorations officielles marocaines, la diplomatie mauritanienne envoie un signal de respect à son voisin du Nord, tout en évitant de raviver le spectre du « Grand Maroc », qui englobait autrefois son territoire.

Guerguerat, un passage stratégique pour l’économie mauritanienne

Au-delà des questions symboliques, c’est avant tout la réalité économique qui guide la position de la Mauritanie. Le poste-frontière de Guerguerat, situé à la frontière entre le Sahara occidental et la Mauritanie, est devenu un axe vital pour le commerce régional.

Chaque jour, des centaines de camions en provenance du Maroc traversent Guerguerat pour approvisionner les marchés mauritanien, sénégalais et malien en produits agricoles et manufacturés. Nouakchott ne peut se permettre de bloquer ce flux, essentiel à son économie et à la stabilité de ses approvisionnements. En maintenant ses frontières ouvertes à ce commerce, la Mauritanie valide de fait le contrôle exercé par le Maroc sur le territoire, sans pour autant le reconnaître officiellement.

Une diplomatie du « en même temps » pour préserver la souveraineté

Pour les analystes de la région, cette politique d’équilibre n’est pas le fruit d’une indécision, mais d’une stratégie délibérée de survie. Coincée entre un Maroc expansionniste sur le plan économique et une Algérie intransigeante sur le plan géopolitique, la Mauritanie ne peut se permettre de choisir un camp sans risquer des représailles économiques ou une déstabilisation de ses frontières.

L’incident déclenché par Cheikh Tidiane Gadio rappelle que cette neutralité, aussi subtile soit-elle, reste fragile. Dès que l’intégrité territoriale ou l’identité nationale de la Mauritanie semble menacée par les ambitions de ses voisins, Nouakchott n’hésite pas à sortir de sa réserve pour rappeler son rôle indispensable dans l’équilibre de la région.