L’État islamique au Sahel conserve une emprise tenace dans le nord-est du Mali, malgré l’essor du JNIM
Dans les vastes étendues désertiques du Mali, la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP), héritière de l’ancien EIGS, maintient une activité soutenue. Les régions de Gao et de Ménaka, en particulier les localités stratégiques des « 3 T » – Talataye, Tin-Hama et Tessit – ainsi que Labbezanga, constituent le bastion opérationnel du groupe. Ces zones, où l’influence de l’ISSP s’exerce sans partage, voient le groupe imposer un contrôle territorial de plus en plus marqué sur les communautés locales.
Une direction en mutation
Sous le commandement d’Abou Al-Bara, successeur d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui éliminé en 2021, l’ISSP a radicalement transformé sa stratégie depuis 2020. Exit les attaques massives et les exécutions publiques qui marquaient son empreinte initiale : le groupe privilégie désormais une approche plus subtile, axée sur la gouvernance locale et l’ancrage territorial. Cette évolution vise à gagner la confiance – ou du moins la résignation – des populations, tout en échappant aux radars des forces de sécurité.
Pourtant, la pression militaire ne faiblit pas. Les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont récemment neutralisé un cadre opérationnel de l’ISSP lors d’une frappe aérienne nocturne à Bara, dans le cercle d’Ansongo. Cette opération, qui a également coûté la vie à plusieurs combattants, illustre la détermination des autorités maliennes à éradiquer la menace, tout en révélant la résilience du groupe, capable de se reconstituer rapidement.
Un réseau d’influence en expansion
L’ISSP étend son emprise le long des axes stratégiques reliant le Mali au Niger, ciblant des localités clés comme Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka. Le groupe y impose un contrôle tatillon sur les déplacements de personnes et de marchandises, tout en infiltrant les milices locales pour renforcer son assise. Ces actions, bien que moins spectaculaires que celles du JNIM, n’en sont pas moins redoutables : elles visent à consolider une domination durable sur ces corridors économiques et logistiques.
La rivalité entre l’ISSP et le JNIM structure depuis des années la dynamique sécuritaire du Sahel. Si le JNIM mise sur des attaques médiatisées et des coups d’éclat pour marquer les esprits, l’ISSP, lui, opte pour une stratégie discrète mais efficace. Les offensives récentes du JNIM, notamment autour de Bamako, n’ont pas pour autant affaibli l’ISSP, qui poursuit son travail de sape dans l’ombre. Les transfuges du JNIM, autrefois garants d’une trêve relative, ont aujourd’hui rejoint cette lutte d’influence, rendant le paysage encore plus complexe.
Une menace persistante et adaptative
Selon les dernières données disponibles, l’ISSP concentre 86 % de son activité sur le continent africain au premier trimestre 2026, avec une escalade des attaques motorisées et des drones armés. Le groupe cible systématiquement les infrastructures civiles et militaires le long de l’axe Ménaka-Ansongo-Tessit, exploitant les faiblesses locales pour imposer sa loi. L’attaque d’un convoi civil à Kobé, à 35 km de Gao, en février 2026, en est un exemple frappant. Malgré la neutralisation de cadres stratégiques, comme Abu-Bilal Al-Minuki en mai 2026 lors d’une opération transnationale, l’ISSP conserve une capacité de nuisance intacte dans le nord-est malien.
En somme, l’ISSP reste un acteur incontournable du chaos sahélien. En se fondant dans le paysage et en exploitant les tensions locales, le groupe parvient à maintenir une pression constante sur les forces maliennes et à étendre son influence. Une réalité qui impose aux autorités de redoubler d’efforts pour sécuriser les zones frontalières, notamment à la limite avec le Niger, où la menace persiste.