Rdc : l’église catholique s’oppose fermement au projet de réforme constitutionnelle de Tshisekedi

En République démocratique du Congo, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) vient de marquer son désaccord profond face à l’initiative de révision constitutionnelle impulsée par le président Félix Tshisekedi. Pour les prélats, une telle manœuvre menace directement l’équilibre des institutions et pourrait fragiliser les fondements démocratiques du pays. Cette prise de position majeure vient intensifier un débat politique déjà vif dans la capitale, apportant un éclairage crucial sur les enjeux de l’Afrique subsaharienne actualité.

Le rempart de la CENCO face aux velléités de changement

Dans une déclaration empreinte d’une grande détermination, la hiérarchie catholique juge que modifier la Loi fondamentale est une démarche inopportune dans la conjoncture actuelle. La CENCO rappelle que la Constitution de 2006 n’est pas un simple document technique, mais le résultat d’un consensus national laborieux obtenu après des années de troubles. Les évêques craignent que l’ouverture de ce chantier juridique ne serve en réalité à modifier les règles électorales pour favoriser le pouvoir en place.

De son côté, le président Félix Tshisekedi soutient depuis la fin de l’année 2024 que le texte actuel, prétendument rédigé sous influence étrangère, constitue un frein à l’essor de la nation. Il envisage la création d’une commission spéciale en 2025 pour repenser la charte fondamentale. C’est précisément cette ambition qui suscite une levée de boucliers au sein de l’Église, mais aussi parmi les forces de l’opposition et les organisations civiles.

Un engagement historique pour la sauvegarde des acquis

Cette opposition des évêques n’est pas une nouveauté dans le paysage politique congolais. Déjà en 2015, sous l’ère de Joseph Kabila, la CENCO s’était dressée contre toute modification touchant à la limitation des mandats. Son implication dans l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016 avait été déterminante pour stabiliser le pays. Cette expérience passée donne aujourd’hui une résonance particulière à leurs avertissements.

Les représentants de l’Église insistent sur le caractère sacré des articles dits « intangibles », notamment ceux qui verrouillent le nombre et la durée des mandats présidentiels. Pour l’épiscopat, toucher à ces piliers reviendrait à plonger le pays dans une incertitude périlleuse. Si l’entourage présidentiel assure qu’il s’agit uniquement de moderniser l’appareil d’État sans viser une prolongation de mandat, cet argument ne semble pas rassurer les autorités ecclésiastiques.

L’influence de cette parole est immense en RDC, où près de la moitié de la population est catholique. Le message des évêques est déjà relayé dans les paroisses lors des célébrations dominicales, transformant une question juridique en une véritable préoccupation sociale qui touche tous les peuples africains de la région.

Les défis politiques et sécuritaires pour Félix Tshisekedi

Bien que Félix Tshisekedi dispose d’une assise solide au Parlement après sa réélection fin 2023, la résistance de la CENCO représente un obstacle de taille. Le chef de l’État doit désormais naviguer entre sa volonté de réforme et la pression d’une institution dont la crédibilité morale est reconnue tant au niveau national qu’international, notamment auprès des partenaires diplomatiques majeurs de la République démocratique du Congo.

Cette tension politique survient alors que l’est du pays demeure en proie à des affrontements violents entre les forces régulières et les rebelles du M23, particulièrement dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Pour de nombreux observateurs, lancer un débat constitutionnel en ce moment risquerait de détourner les ressources et l’attention des priorités sécuritaires et humanitaires urgentes. À l’inverse, certains partisans du pouvoir voient dans cette réforme un moyen de renforcer la souveraineté nationale face aux ingérences extérieures.

L’avenir de ce projet dépendra de la capacité de l’exécutif à maintenir son cap face à une Église qui a prévenu qu’elle ne resterait pas passive. Les prochains mois seront déterminants pour observer si Kinshasa choisira le passage en force ou le dialogue face à ce qui s’apparente à une rupture nette entre le pouvoir et l’épiscopat.