Taxe carbone en Côte d’Ivoire : un levier pour la transition énergétique

À la fin du mois de mai 2026, les autorités ivoiriennes ont dévoilé leur « stratégie nationale » de taxation des émissions de carbone. Ce mécanisme vise un double objectif : encourager la diminution de l’utilisation des énergies fossiles en en augmentant le coût, tout en dégageant des ressources pour soutenir la transition énergétique et la justice sociale. Cette mesure s’intègre dans la feuille de route climatique du pays et devrait permettre une baisse significative des gaz à effet de serre d’ici 2030.

Depuis la fin des troubles politiques en 2011, la Côte d’Ivoire est devenue l’une des économies les plus dynamiques du continent africain. Aujourd’hui, le gouvernement souhaite orienter cette croissance vers plus d’inclusivité et de durabilité. C’est dans ce cadre qu’Adama Coulibaly, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, a dévoilé le 28 mai 2026 une « stratégie nationale de taxation des émissions de carbone ».

Hausse des émissions, baisse de l’intensité carbone

Sous l’effet de la croissance économique, les émissions de gaz à effet de serre de la Côte d’Ivoire ont plus que doublé entre 2011 et 2024, passant de 9 à 18,8 millions de tonnes. Adama Coulibaly a expliqué que cette tendance s’explique principalement par la dépendance aux énergies fossiles, l’essor des transports, l’industrialisation et les pratiques agricoles.

Dans le même intervalle, le PIB national est passé de 35 à près de 87 milliards de dollars, une progression plus rapide que celle des émissions. L’intensité carbone de l’économie ivoirienne a ainsi diminué, indiquant que le pays est déjà engagé dans une transition énergétique. Les émissions par habitant restent modestes à l’échelle planétaire : 0,65 tonne annuelle, contre environ 5 tonnes en France, 8 tonnes en Chine et plus de 13 tonnes aux États-Unis.

Pourquoi Abidjan souhaite accélérer sa décarbonation

Cependant, le gouvernement estime que la Côte d’Ivoire doit contribuer à l’effort climatique global. Augmentation des températures, dérèglement des précipitations, multiplication des catastrophes naturelles : les impacts du changement climatique touchent déjà de nombreux secteurs, en premier lieu l’agriculture, qui fait vivre près de la moitié de la population.

La Côte d’Ivoire s’est donc donné un objectif ambitieux : réduire nettement son empreinte carbone d’ici 2035 tout en conservant une croissance annuelle de plus de 7 %. Dans sa troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN), mise à jour en 2025, le pays s’engage à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 33 % par ses propres moyens, et jusqu’à 74 % avec l’appui de financements et d’une coopération internationale.

Déploiement de la taxe carbone en trois phases

La taxe carbone viendra appuyer cette dynamique de décarbonation. Son déploiement se fera en trois étapes. De 2026 à 2027, le gouvernement mettra en place le cadre légal et technique nécessaire. Une entrée en vigueur à un taux modéré est prévue pour 2028-2029. Ensuite, le taux sera augmenté progressivement jusqu’en 2035, avant une phase d’évaluation et d’ajustements.

Cette future taxe ciblera essentiellement la consommation d’énergies fossiles, à l’exception du gaz butane. En augmentant le prix de ces combustibles, elle encouragera une baisse de leur utilisation. Selon les estimations officielles, un taux de 50 euros par tonne de CO₂ pourrait réduire les émissions nationales de 1,2 million de tonnes, soit 6 % du niveau de 2024.

Les autorités admettent que cette mesure pourrait entraîner des répercussions économiques défavorables à court terme. Le ministère prévoit que la taxe pourrait faire grimper le prix des carburants et freiner la croissance durant les premières années d’application.

Au bénéfice de la transition, de l’emploi et des ménages modestes

Les revenus générés par la taxe sont destinés à compenser ces impacts négatifs, notamment en accélérant la décarbonation des activités. Ils serviront en priorité à étendre l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire. Une partie des fonds sera utilisée pour subventionner l’achat de cuisinières électriques ou à gaz, afin de limiter l’utilisation du charbon de bois. De plus, la taxe favorisera le développement des véhicules électriques via des avantages fiscaux, des exonérations ciblées et la mise en place d’infrastructures de recharge.

Le gouvernement souhaite également atténuer l’impact de la réforme sur les foyers les plus vulnérables. Une portion des recettes sera directement redistribuée aux ménages à faibles revenus. Ces fonds serviront aussi à financer la création d’emplois verts et des programmes de reconversion pour les secteurs affectés par la transition écologique. La taxe carbone s’inscrit donc dans la priorité du Plan national de développement (PND) 2026-2030 : concilier croissance économique, justice sociale et protection de l’environnement.