Taxe sur les téléphones portables au Cameroun : une barrière à l’inclusion numérique

Une taxe qui renforce l’exclusion numérique au Cameroun

Le Cameroun se distingue aujourd’hui par une mesure qui contredit ouvertement ses ambitions en matière de transformation numérique. Alors que les discours officiels mettent en avant la connectivité, l’innovation technologique et la compétitivité économique, une décision concrète vient d’être prise : taxer les téléphones portables à hauteur de 33,33% de leur valeur.

Cette taxe, qui varie entre 1 670 FCFA pour un appareil d’entrée de gamme et 135 000 FCFA pour un smartphone haut de gamme, représente un frein majeur à l’accès au numérique pour une large partie de la population. Elle frappe directement les outils qui, pour beaucoup de Camerounais, sont la seule passerelle vers l’économie numérique.

Un outil essentiel devenu inaccessible

Le téléphone portable n’est plus un luxe, mais un levier indispensable pour des millions de Camerounais :

  • L’étudiant accédant à des cours en ligne
  • Le commerçant utilisant le mobile money pour ses transactions
  • L’agriculteur consultant les prix du marché pour ses récoltes
  • L’artisan prospectant ses clients via WhatsApp
  • Le travailleur informel accédant aux services publics en ligne

Taxer cet outil revient à facturer l’entrée au chantier de la transformation numérique que l’État camerounais prétend construire. Comment peut-on espérer une inclusion numérique quand le coût d’accès aux outils technologiques explose ?

Une mesure incompréhensible dans un pays sans industrie locale

Ce qui rend cette décision encore plus difficile à justifier, c’est le contexte industriel camerounais :

  • Aucune usine de fabrication de téléphones
  • Pas d’assemblage local en développement
  • Pas d’alternative locale disponible

Les Camerounais sont donc contraints d’importer ces appareils, puis de les payer une seconde fois sous forme de taxe. Aucune logique économique ne peut expliquer cette mesure : l’État ne protège aucune industrie, il ponctionne simplement les citoyens.

Quand un pays taxe une importation pour soutenir une production locale, la logique peut être discutable. Mais quand il taxe sans alternative, sans vision industrielle, il ne fait que aggraver les inégalités et ralentir la transition numérique.

Vers une généralisation de cette logique fiscale ?

La question se pose déjà : si les téléphones portables, outils de base et accessibles, sont soumis à une taxe de 33,33%, quels appareils numériques seront les prochains concernés ?

Les ordinateurs portables ? Les tablettes ? Les équipements de bureau ? Où s’arrête cette trajectoire fiscale ?

Chaque nouveau prélèvement creusera davantage la fracture numérique entre ceux qui peuvent se connecter et ceux qui en sont exclus. Cette politique ne vise pas à construire l’avenir, mais à renoncer à l’avenir.

Le Cameroun à contre-courant de l’Afrique

Partout en Afrique, les pays qui réussissent leur transition numérique réduisent les coûts d’accès aux outils technologiques pour connecter le maximum de citoyens. Ils font du numérique un levier d’inclusion et de compétitivité économique.

Le Cameroun, lui, choisit la direction opposée : il conditionne l’inclusion au paiement d’une taxe. Dans un pays où le revenu moyen ne permet pas toujours de supporter ce type de surcoût, cette décision a un nom : l’exclusion numérique organisée.

Un citoyen connecté est un citoyen productif. Une population connectée est une économie compétitive. Ce n’est pas une théorie, mais une réalité documentée dans tous les rapports sur le développement numérique en Afrique. Rendre le téléphone portable plus cher, c’est rendre le Cameroun moins compétitif.

Un choix qui menace l’avenir économique du pays

Taxer les téléphones portables au Cameroun, c’est bien plus qu’une mesure fiscale : c’est un choix stratégique qui pourrait coûter cher. L’accès au numérique est un enjeu de développement, pas une source de revenus.

Si cette logique est maintenue, le Cameroun risque de se retrouver à la traîne, tandis que ses voisins investissent dans l’inclusion numérique pour renforcer leur compétitivité. Renoncer à l’avenir numérique, c’est renoncer à l’avenir tout court.