Tchad : droits humains et crise politique en 2025, quel avenir pour la démocratie ?

Un pouvoir présidentiel renforcé et une opposition muselée

En 2025, le président Mahamat Idriss Déby a consolidé son emprise sur le pouvoir après sa victoire controversée à l’élection présidentielle tchadienne de 2024, marquée par des irrégularités dénoncées par l’opposition. Les réformes constitutionnelles adoptées cette année ont supprimé la limitation des mandats et allongé leur durée de cinq à sept ans, offrant à Mahamat Idriss Déby la possibilité de rester au pouvoir indéfiniment, sous réserve d’élections régulières.

L’opposition politique, déjà affaiblie, a subi des coups durs : Succès Masra, figure majeure du mouvement contestataire, a été arrêté et condamné à vingt ans de prison pour des accusations liées aux violences intercommunautaires. Des militants, des membres de son parti et des journalistes ont été victimes d’intimidations, d’arrestations arbitraires et de restrictions croissantes à leur liberté d’expression.

Une loi controversée pour étouffer les revendications

Une loi d’amnistie adoptée en 2025 protège les auteurs des exactions commises lors des manifestations d’octobre 2022, bloquant toute avancée vers la justice transitionnelle. Cette mesure a suscité une indignation générale, privant les victimes de tout espoir de réparation et alimentant un climat de répression systématique.

Violences intercommunautaires et crise humanitaire

Les conflits entre éleveurs et agriculteurs ont persisté en 2025, notamment dans le sud et l’est du Tchad, avec des bilans humains dramatiques. Des affrontements violents, souvent liés à des litiges fonciers non résolus, ont fait des dizaines de morts et déplacé des milliers de personnes. La pression démographique, la raréfaction des terres arables et les effets du changement climatique aggravent ces tensions.

En mai, le village de Mandakao (Logone-Occidental) a été le théâtre d’un massacre : 41 morts et six blessés lors d’affrontements entre communautés. Les médias locaux ont souligné l’absence de délimitation claire des terres, alimentant les rancœurs entre éleveurs peuls nomades et agriculteurs sédentaires. En juin, les violences ont repris à Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest) et Molou (Ouaddaï), faisant 17 et 20 morts respectivement.

Un Tchad submergé par les crises

Le pays fait face à une double crise : l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan voisin, déjà sous tension, et les inondations dévastatrices de fin 2024-début 2025, qui ont aggravé l’insécurité alimentaire et fragilisé les systèmes d’aide humanitaire.

Dossiers brûlants : justice, répression et droits fondamentaux

Le procès de Succès Masra, accusé d’incitation à la haine et de complicité de meurtre, a illustré la répression judiciaire à l’encontre de l’opposition. Condamné à vingt ans de prison en août 2025, son cas reflète l’abandon des engagements pris dans l’accord de Kinshasa (2023), qui garantissait la liberté d’activité politique à son parti. Les coaccusés ont subi le même sort, confirmant une stratégie de neutralisation de toute dissidence.

Par ailleurs, la mort de l’opposant Yaya Dillo, tué lors d’un assaut des forces de sécurité avant l’élection de 2024, n’a toujours pas fait l’objet d’une enquête. Ses proches, détenus sans motif valable, ont été libérés en décembre 2024, mais le mystère plane sur les circonstances de son décès. D’autres figures de l’opposition, comme Robert Gam ou le blogueur Makaila Nguebla, ont été arbitrairement privés de liberté ou déchus de leur nationalité.

Journalistes et défenseurs des droits humains dans le viseur

Deux journalistes, Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, ont été incarcérés pour des allégations d’espionnage liées au groupe Wagner, avant d’être libérés en juillet 2025. Leur détention prolongée sans procès a violé les normes internationales, révélant une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

L’homophobie institutionalisée

Le Code pénal tchadien (article 354) criminalise l’homosexualité, punissant les relations entre personnes du même sexe de peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et des amendes lourdes. Cette discrimination légale renforce la stigmatisation des minorités sexuelles et entrave la protection des droits humains au Tchad.