Niger : crise des droits humains et montée des violences en 2025

Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, la situation des droits humains s’est considérablement détériorée. En 2025, les autorités militaires ont maintenu une répression systématique contre les opposants politiques, les syndicalistes et les journalistes. L’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse restent détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey, sans accès à leurs avocats ni à leur famille. Leur immunité présidentielle a été levée en 2024, ouvrant la voie à un procès politique aux allures de parodie judiciaire.

La junte, dirigée par le général Abdourahamane Tiani, a consolidé son pouvoir en mars 2025 en prêtant serment comme président de transition sans organiser d’élections. Une décision qui prolonge l’instabilité politique et retarde le retour à un régime démocratique. Pire encore, le multipartisme a été aboli dans tout le pays, étouffant toute opposition légale et réduisant les espaces de contestation.

Les groupes armés islamistes : une menace grandissante pour les civils

Le Niger est en première ligne face à la menace des groupes armés islamistes, notamment l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) (lié à Al-Qaïda), ainsi que Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Les régions de Tillabéri, frontalières du Mali et du Burkina Faso, sont particulièrement touchées par les violences, avec une intensification des combats depuis 2025.

Les attaques de l’EIS contre les civils se sont multipliées, ciblant les villages, les mosquées et les marchés. Voici les principaux épisodes de violence recensés :

  • 21 mars 2025 : une attaque contre une mosquée à Fambita (Tillabéri) a fait 46 morts, dont trois enfants. Les assaillants ont pillé et incendié des dizaines de maisons et de commerces.
  • 13 mai 2025 : cinq hommes et deux garçons ont été tués dans le hameau de Dani Fari. Au moins 12 maisons ont été incendiées et des dizaines pillées.
  • 21 juin 2025 : plus de 70 fidèles, dont cinq enfants, ont été massacrés dans une mosquée à Manda. Une dizaine de maisons ont été brûlées.
  • 20-23 juin 2025 : un chef de village de 67 ans a été exécuté à Abarkaize, suivi de l’enlèvement et de l’assassinat de cinq hommes dont les corps ont été retrouvés égorgés.

Les survivants ont révélé que les assaillants accusaient les habitants de collaborer avec l’armée nigérienne ou de ne pas payer la zakat. Les autorités militaires, malgré les alertes répétées, n’ont pas protégé ces populations, aggravant la méfiance envers l’État.

Création de milices controversées : un remède pire que le mal ?

En août 2025, la junte a lancé l’initiative « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie » en haoussa), un programme visant à recruter et former des civils pour soutenir l’armée. Si cette mesure pourrait renforcer la lutte contre les groupes armés, elle soulève des craintes quant à la création de milices incontrôlées, capables de commettre des exactions contre les populations locales.

Retrait de la CEDEAO et de la CPI : un isolement dangereux

En janvier 2025, le Niger a quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), suivi par le Mali et le Burkina Faso. Cette décision limite drastiquement l’accès des citoyens à la justice via la Cour de justice de la CEDEAO. En septembre 2025, les trois pays ont annoncé leur intention de quitter la Cour pénale internationale (CPI), privant les victimes de crimes graves d’un recours essentiel.

Détention arbitraire et répression politique

La junte a arrêté des dizaines de personnalités politiques, militaires et journalistes depuis 2023. Parmi eux, Moussa Tiangari, un militant renommé des droits humains, a été détenu sans procès depuis décembre 2024. Il est inculpé de « complot contre l’État » et risque la peine de mort. Son cas illustre la répression systématique de la dissidence.

Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a qualifié la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse d’illégale, exigeant leur libération immédiate. Pourtant, aucun progrès n’a été enregistré, et les conditions de détention restent opaques.

Atteinte à la liberté d’expression et d’association

La liberté de la presse est étouffée au Niger. En 2025, des journalistes ont été arrêtés, harcelés et contraints à l’autocensure. En janvier, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pour 30 jours après une émission critique envers des ministres, et son rédacteur en chef a vu sa carte de presse révoquée. En mai, trois journalistes de Sahara FM ont été arrêtés pour avoir relayé des informations sur les relations diplomatiques du Niger, avant d’être relâchés puis réarrêtés.

Le gouvernement a également dissous quatre syndicats du secteur judiciaire en août 2025, accusant leurs membres de « déviance ». Cette décision a provoqué une grève générale de deux jours organisée par le barreau nigérien, qui dénonce une « atteinte grave aux libertés fondamentales ».

En février 2025, le Comité international de la Croix-Rouge s’est vu ordonner de quitter le pays sans explication, privant les populations vulnérables d’un soutien humanitaire crucial.