Tchad : gouverner par l’ombre et les conflits sans fin

Tchad : gouverner par l’ombre et les conflits sans fin

Quand chaque goutte d’eau devient l’enjeu d’une tragédie humaine, le chaos n’est pas une fatalité : c’est le fruit d’un système qui prospère dans l’instabilité.

Tchad : conflits et gouvernance par l'instabilité

Depuis des décennies, le Tchad écrit le même scénario, avec des acteurs interchangeables mais une même conclusion : l’échec. Les promesses de paix se succèdent, les familles de dirigeants perpétuent un héritage de tensions, mais le prix se paie toujours en vies humaines. Les conflits pour l’accès à l’eau ou aux terres ne sont pas des querelles locales : ce sont des pièces de théâtre où l’État joue le rôle du metteur en scène.

On déplore des cortèges de véhicules officiels soulevant des nuages de poussière sur leur passage, des discours solennels prononcés dans des villages en crise, mais une fois les caméras éteintes, les problèmes persistent. Le gaspillage des ressources est criant : un seul voyage présidentiel ou une mission de pacification ostentatoire engloutirait assez de fonds pour équiper des centaines de puits modernes, offrant une solution durable au manque d’eau qui tue des innocents.

L’illusion de la médiation, le drame de l’absence de solutions

Quand les puits deviennent des enjeux de survie et les pâturages des champs de bataille, l’État intervient systématiquement… à coups de communiqués et de déplacements éphémères. Les délégations arrivent, les promesses pleuvent, puis repartent, laissant derrière elles des communautés plus divisées qu’avant. Pourquoi construire des infrastructures permanentes quand on peut justifier sa présence par une crise ? Perdre le contrôle des institutions est un luxe que le pouvoir tchadien ne peut se permettre. En maintenant une justice faible et des services publics défaillants, il s’assure que le peuple reste dépendant de ses interventions.

Une justice à genoux, un peuple en danger

Dans un pays où la loi devrait protéger, elle est devenue un outil de division. Les tribunaux, lorsqu’ils existent, sont souvent instrumentalisés ou ignorés. Les conflits se règlent hors cadre légal, par la force ou les arrangements claniques. Résultat : des villages entiers s’entredéchirent pour des ressources vitales, tandis que les responsables politiques observent, impassibles, depuis leurs palais.

Au XXIe siècle, mourir pour un puits n’est plus une malédiction divine ni une tradition immuable : c’est la preuve tangible d’un vide institutionnel délibéré. Le Tchad ne manque pas de chefs, mais de systèmes. Et tant que le chaos sera plus rentable que la stabilité, rien ne changera.