Tchad : l’imbroglio judiciaire autour du général Abdoulaye Miskine persiste
Tchad : l’affaire du général Abdoulaye Miskine déprogrammée, le procès toujours bloqué

Le dossier judiciaire de Martin Koumtamadji, plus connu sous le nom du général Abdoulaye Miskine, s’enlise dans les méandres de la justice tchadienne. Alors que son passage devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de N’Djamena était prévu pour la fin du mois de mai 2026, l’audience a été brutalement retirée du calendrier, laissant planer un doute persistant sur l’aboutissement de cette procédure attendue depuis des années.

Des accusations lourdes et un dossier complexe

Répertorié sous le numéro 093/2022, ce procès concerne non seulement Abdoulaye Miskine, but également plusieurs co-accusés tels qu’Adoum Rakhis, Ringo Djouma et Abdoulaye Gros. Les charges pesant sur eux sont particulièrement graves : association de malfaiteurs, participation à des mouvements insurrectionnels, enlèvement, séquestration, violences extrêmes, viol et extorsion. Les faits incriminés se seraient déroulés dans la localité de Tissi.

Cette situation illustre les tensions qui peuvent entourer l’information africaine en matière de justice pénale. Incarcéré depuis son arrestation en novembre 2019 à N’Djamena, l’ancien chef de guerre totalise désormais plus de six ans et demi de détention préventive à la maison d’arrêt de Klessoum, sans qu’aucun verdict ne soit venu clore son dossier.

Un blocage aux multiples facettes

La suspension de l’audience de mai 2026 a été officiellement attribuée à la disparition soudaine d’un greffier. Cependant, l’absence de nouvelle programmation alimente les spéculations. Dans les milieux judiciaires locaux, certains évoquent des interférences politiques qui freineraient l’examen du cas de l’ex-dirigeant du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC).

Au-delà du cadre strictement tchadien, l’affaire possède une dimension régionale marquée. La République centrafricaine a par le passé sollicité son extradition, une demande restée lettre morte du côté de N’Djamena. Son implication dans l’Accord de paix de Khartoum en 2019 ajoute une strate diplomatique supplémentaire à ce dossier déjà hautement sensible.

Une dégradation alarmante de l’état de santé

Parallèlement aux lenteurs administratives, l’état physique d’Abdoulaye Miskine inquiète ses proches et ses conseils. Souffrant d’hypertension artérielle, d’insuffisance rénale et de troubles visuels, il a subi une perte de poids drastique. Ses hospitalisations répétées, notamment en 2025 après une grève de la faim motivée par la saisie de ses traitements médicaux, témoignent de la précarité de sa situation carcérale.

Alors que cette actualité en Afrique subsaharienne continue de susciter des critiques sur le respect des délais de jugement, aucune perspective de reprise n’est actuellement visible. Entre enjeux de sécurité, pressions politiques et impératifs humanitaires, le sort du général demeure en suspens, sans aucune garantie d’un procès équitable à court terme.