Tchad : vers un durcissement autoritaire sous Mahamat Déby ?
Le Tchad s’éloigne-t-il de la démocratie après la condamnation de l’opposition ?
Le régime de Mahamat Idriss Déby renforce sa mainmise sur le pouvoir en Tchad. Après l’arrestation de huit responsables de l’opposition pour avoir tenté d’organiser une marche dénonçant les dysfonctionnements de gouvernance, ces derniers ont été condamnés à huit ans de prison ferme. Leur coalition, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), prévoyait une manifestation le 2 mai, mais celle-ci n’a jamais vu le jour.
La veille même de leur condamnation, le 7 mai, la Cour suprême tchadienne a prononcé la dissolution du GCAP, principale force d’opposition du pays. Ces huit dirigeants rejoignent Succès Masra, leader du parti des Transformateurs et figure emblématique de l’opposition, condamné en août 2025 à vingt ans de prison pour « incitation à la haine ». Une décision judiciaire qui illustre la volonté du pouvoir en place d’étouffer toute contestation.
Un espace politique de plus en plus restreint
Depuis plus de six ans, les manifestations publiques sont systématiquement interdites au Tchad. Certaines d’entre elles ont été réprimées dans le sang, comme en octobre 2022, où environ 200 manifestants ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés ou arrêtés. Les responsables du GCAP, emprisonnés sans motif légitime selon leurs avocats, ont été condamnés pour des chefs d’accusation tels que « association de malfaiteurs » ou « mouvement insurrectionnel », des accusations qu’ils contestent fermement.
Cette stratégie judiciaire s’accompagne d’une répression accrue des voix dissidentes. Le 29 avril, des militants des Transformateurs célébraient le huitième anniversaire de leur parti lorsqu’ils ont été la cible d’une attaque armée. Bilan : un mort, deux blessés graves et l’enlèvement et la torture du trésorier du parti. Une violence devenue monnaie courante ces dernières années, malgré les promesses gouvernementales de poursuivre les responsables.
Un retour en arrière vers l’autoritarisme ?
La transition politique entamée en 2021 après la mort d’Idriss Déby Itno semble avoir pris un tournant inquiétant. Le Tchad risque de replonger dans un régime à parti unique, comme sous les présidences de François Tombalbaye (1960-1975) et Hissène Habré (1982-1990), où seuls les partis alignés sur le pouvoir étaient tolérés. Ces régimes utilisaient les institutions comme instruments de propagande et muselaient toute opposition.
Sous Idriss Déby Itno (1990-2021), les élections étaient régulièrement contestées et la Constitution modifiée à plusieurs reprises pour supprimer la limitation des mandats présidentiels. Cette tendance se poursuit aujourd’hui : moins de trois ans après le rétablissement de l’ordre constitutionnel, le Parlement a amendé la Constitution en octobre 2025, prolongeant la durée du mandat présidentiel à sept ans. Une réforme qui confirme la volonté du régime actuel de dominer la scène politique.
Les risques d’une radicalisation accrue
L’usage disproportionné de la force par les autorités tchadiennes pourrait, à terme, radicaliser une partie de la population, en particulier les jeunes. Les heurts répétés et la répression systématique risquent d’alimenter un cercle vicieux de violences et de contestations. Depuis 1964, le Tchad est marqué par des cycles de conflits meurtriers et une instabilité chronique, héritage d’une histoire politique tumultueuse.
Les organisations régionales et internationales, qui ont soutenu la transition tchadienne, doivent alerter sur ces dérives. L’Union africaine, la Communauté économique des États d’Afrique centrale et les Nations unies ont un rôle clé à jouer pour rappeler au gouvernement tchadien l’importance du respect des droits humains et des libertés fondamentales. Sans opposition crédible et sans espace politique ouvert, le projet démocratique tchadien s’effrite peu à peu.
Pour éviter une dérive autoritaire, il est impératif que les autorités tchadiennes rétablissent un dialogue inclusif avec l’opposition et la société civile. La protection des libertés d’expression et d’association, ainsi que le respect de l’indépendance de la justice, sont des piliers essentiels pour la stabilité du pays. Les forces de sécurité doivent également revoir leur doctrine de maintien de l’ordre et s’engager vers des pratiques proportionnelles et respectueuses des droits humains.