Tensions entre le Bénin et le Niger : les exigences de la junte envers Romuald Wadagni
NIAMEY, NIGER – 6 AOÛT : Mohamed Toumba (C), l'une des figures de proue du Conseil national pour la protection de la patrie, assiste à la manifestation des partisans du coup d'État et les salue dans un stade de Niamey, la capitale du Niger, le 6 août 2023. L'ultimatum de sept jours donné par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à la junte militaire le 30 juillet pour la libération et la réintégration du président Mohamed Bazum expire avant minuit.

Le général Mohamed Toumba pose ses conditions à Cotonou

Dans une longue intervention télévisée diffusée le 21 avril sur la chaîne nationale RTN, le général Mohamed Toumba, ministre d’État nigérien en charge de l’Intérieur, a longuement détaillé la vision sécuritaire de Niamey. Au cœur de cette information africaine majeure, le haut responsable a réitéré ses griefs contre la France, alors que le Niger fait face à une recrudescence des attaques terroristes, particulièrement dans la zone de Tillabéry.

Cette sortie médiatique intervient dans un climat diplomatique glacial entre le Niger et le Bénin. Le général a notamment évoqué la transition politique à venir à Cotonou, où Patrice Talon s’apprête à transmettre le pouvoir à Romuald Wadagni. L’investiture de ce dernier, considéré comme le dauphin du président sortant, est prévue pour le 24 mai.

La France au centre des accusations nigériennes

Pour le général Mohamed Toumba, le départ de Patrice Talon ne règle pas tout. Selon lui, le véritable point de blocage demeure Emmanuel Macron. Il soutient que le chef de l’État béninois a été un instrument de la politique française, permettant le déploiement de forces étrangères sur son sol pour menacer la stabilité du Niger. Ces déclarations s’inscrivent dans une Afrique subsaharienne actualité marquée par une remise en question profonde des alliances traditionnelles.

Interrogé sur ses attentes vis-à-vis de Romuald Wadagni, le ministre nigérien a exigé des preuves concrètes de bonne foi. Il demande au Bénin de s’écarter officiellement des intérêts français et de garantir que son territoire ne servira plus de base arrière à des actions hostiles contre ses voisins.

Patrice Talon est parti, mais Talon n’était pas le véritable problème. Le véritable problème, c’est Macron.

Un contexte régional sous haute tension

Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 mené par le général Abdourahamane Tiani, les relations bilatérales n’ont cessé de s’étioler. En début d’année, suite à des incidents à l’aéroport de Niamey et sur la Base 101, où stationnent les troupes russes d’Africa Solidaire (Africa Corps), le général Tiani avait déjà tenu des propos virulents contre les dirigeants du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France.

L’enjeu est désormais de savoir si l’arrivée de Romuald Wadagni, élu avec plus de 94 % des voix le 12 avril, pourra amorcer une nouvelle dynamique de coopération africaine. Bien que le futur président béninois ait exprimé son souhait de dialoguer pour relever les défis communs tels que la pauvreté et l’insécurité, l’optimisme reste mesuré du côté nigérien.

Malgré les échanges réguliers entre les états-majors des deux pays, le chemin vers une entente cordiale au bénéfice des peuples africains semble encore semé d’embûches, tant les exigences de Niamey en matière de souveraineté et de rupture avec Paris sont élevées.