Algerie accusée de soutenir le terrorisme au Sahel par le Mali et le Niger

Pourquoi le Mali et le Niger accusent l’Algérie de propager le terrorisme au Sahel

Les gouvernements du Mali et du Niger ont réitéré leurs accusations selon lesquelles l’Algérie favoriserait l’exportation du terrorisme vers la région du Sahel. Selon eux, ce pays offrirait un refuge, un soutien logistique et une couverture politique à des groupes armés menant des attaques au sud de ses frontières.

Des allégations indirectes mais précises lors d’un forum régional

Lors d’un sommet de sécurité organisé au Sénégal, les représentants maliens et nigériens n’ont pas explicitement nommé l’Algérie dans leurs discours. Pourtant, leurs déclarations reflétaient des accusations récurrentes émises par Bamako depuis plusieurs mois. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a ainsi déclaré à Reuters : « Certains pays voisins abritent des groupes terroristes, les soutiennent ou accueillent régulièrement des forces hostiles menant des opérations contre nous. »

L’héritage des conflits algériens des années 1990

Les analystes en sécurité attribuent la montée du terrorisme au Sahel à la résurgence des réseaux militants algériens après la guerre civile des années 1990. Affaiblis ou déplacés en Algérie, ces groupes se sont restructurés et ont migré vers le sud, échappant à la pression militaire nationale. Des organisations comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont nées du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même issu du Groupe islamique armé (GIA) qui a combattu le régime algérien pendant la « Décennie noire ». Pendant des années, ces groupes ont été dirigés par des ressortissants algériens avant de délocaliser leurs activités au Mali et à travers le Sahara.

Des rapports évoquent également des complicités présumées entre les services de sécurité algériens et certains groupes terroristes actifs au Sahel.

Une escalade diplomatique entre Bamako et Alger

Le gouvernement malien a maintes fois dénoncé, à l’ONU et dans des documents diplomatiques, le soutien apporté par l’Algérie au terrorisme. Ces tensions se sont aggravées après la chute des relations bilatérales l’année dernière. Le cœur du conflit réside dans le nord du Mali, où des groupes terroristes et des factions armées touarègues défient l’autorité de l’État depuis plus de dix ans. Bamako accuse ces groupes de profiter des frontières poreuses et de la tolérance algérienne envers les militants opérant le long de sa frontière sud.

En septembre de l’année dernière, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait qualifié l’Algérie non plus de partenaire dans la lutte antiterroriste, mais d’« exportateur de terrorisme » vers le Sahel. Ces accusations se sont intensifiées après qu’un drone militaire malien a été abattu par les forces algériennes près de la frontière à la fin du mois de mars. Bamako a interprété cet incident comme une manœuvre délibérée pour protéger des dirigeants terroristes ciblés par ses opérations.

En réponse, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont rappelé conjointement leurs ambassadeurs d’Alger et publié une déclaration accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme.

Le Niger s’aligne sur le Mali face à l’Algérie

Les autorités nigériennes ont apporté leur soutien aux mesures de rétorsion diplomatique du Mali après l’incident du drone. Niamey a également affiché sa solidarité avec Bamako contre ce qu’il qualifie de terrorisme algérien. Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a précédemment accusé plusieurs gouvernements étrangers de financer des attaques contre le Niger. Le pays a ainsi renforcé sa position aux côtés du Mali dans ce conflit diplomatique, perçu par la région comme un facteur de déstabilisation croissant.

Une fracture sécuritaire qui s’élargit en Afrique de l’Ouest

Le différend sur le rôle de l’Algérie révèle une division profonde dans la stratégie de sécurité ouest-africaine. Les juntes militaires au pouvoir au Sahel estiment que le terrorisme ne peut être éradiqué tant que des États voisins adoptent, selon eux, des comportements permissifs ou déstabilisateurs sans être sanctionnés.