Cameroun : la question du pouvoir vacant fait débat

Cameroun : le pouvoir est-il vacant après le départ du président Biya ?

Le débat politique s’intensifie au Cameroun depuis le départ du chef de l’État, Paul Biya, pour un prétendu « court séjour privé » en Europe le 7 juin 2026. Plus de 40 jours après son départ, les interrogations persistent quant à la durée réelle de son absence et à ses implications pour le fonctionnement de l’État.

Un séjour prolongé qui interroge l’opinion

Les autorités camerounaises ont confirmé que le président Biya séjourne à Genève, en Suisse, où il a ses habitudes depuis son accession au pouvoir en novembre 1982. Si le gouvernement insiste sur le caractère « privé » de ce déplacement, la durée inhabituellement longue du séjour alimente les spéculations. Certains observateurs n’hésitent plus à évoquer une possible vacance du pouvoir, malgré les démentis officiels sur l’état de santé du chef de l’État, âgé de 93 ans.

Cette situation rappelle les interrogations soulevées lors de précédents déplacements, où la question de la légitimité institutionnelle s’était posée. Pourtant, selon la Constitution camerounaise, la vacance du pouvoir ne peut être constatée que dans trois cas précis : décès, démission ou empêchement définitif du président en exercice.

Ce que dit la loi sur la vacance du pouvoir

Contrairement aux idées reçues, la durée d’un séjour à l’étranger ne suffit pas à définir une vacance du pouvoir au Cameroun. La Constitution ne fixe aucune limite temporelle pour les déplacements présidentiels. En revanche, elle encadre strictement les conditions de vacance, sans pour autant préciser ce que recouvre l’« empêchement définitif », laissant ainsi une marge d’interprétation.

En théorie, le président pourrait diriger le pays depuis l’étranger sans commettre d’illégalité. Cependant, la pratique montre que Paul Biya n’a jamais signé de décret majeur depuis l’extérieur en plus de quatre décennies de pouvoir ininterrompu. Cette absence d’actes officiels depuis son départ renforce les doutes sur la continuité de l’action gouvernementale.

Les retards institutionnels alimentent les spéculations

Le contexte politique actuel ajoute une dimension supplémentaire à ce débat. Le scrutin présidentiel d’octobre 2025, suivi de l’attente prolongée pour la formation du nouveau gouvernement, ainsi que la récente réintroduction du poste de vice-président, ont nourri les questionnements. Certains y voient une précipitation suspecte, tandis que d’autres s’interrogent sur la capacité du système à fonctionner sans une présence présidentielle constante.

Dans ce climat d’incertitude, l’opinion publique se tourne vers les signes concrets de gouvernance. L’absence prolongée de Paul Biya à Yaoundé, couplée à l’inaction gouvernementale récente, nourrit les rumeurs et les théories du complot, malgré les assurances des autorités.

Éthique politique vs légalité : un équilibre fragile

Au-delà des aspects strictement légaux, c’est la question de l’éthique politique qui se pose. Un chef d’État en déplacement prolongé, sans communication claire ni actes symboliques forts, peut-il maintenir la confiance des citoyens ? Le Cameroun, habitué à une gouvernance centralisée et verticale, semble aujourd’hui confronté à un défi de transparence et de légitimité.

Alors que les spéculations persistent, une chose est certaine : la durée du séjour de Paul Biya à l’étranger, combinée aux délais institutionnels inhabituels, a plongé le pays dans une période de doute et d’attente, où la frontière entre légalité et légitimité devient de plus en plus floue.