Le pouvoir camerounais : une vacance possible ?
Le pouvoir camerounais : une vacance possible ?
Dans son analyse politique diffusée ce lundi, un éditorialiste s’interroge sur l’absence prolongée du chef de l’État.
Un éditorialiste s’interroge sur le séjour privé du président camerounais en Europe, qui s’éternise depuis juin 2026.
Le président Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026, officiellement pour un « court séjour privé » en Europe, selon le communiqué de son Directeur de Cabinet, Samuel Mvondo Ayolo.
Les médias panafricains ont confirmé que le chef de l’État réside actuellement à Genève, en Suisse, où il a l’habitude de séjourner depuis son accession au pouvoir en 1982.
Ce déplacement, présenté initialement comme temporaire, suscite des interrogations croissantes au sein de l’opinion publique. Certains observateurs évoquent même l’hypothèse d’une vacance du pouvoir, en particulier après le scrutin présidentiel d’octobre 2025 et la formation tardive du nouveau gouvernement.
Les autorités ont pourtant multiplié les rassurances concernant l’état de santé du président, âgé de 93 ans, sans pour autant lever toutes les spéculations.
La vacance du pouvoir : ce que dit la constitution camerounaise
Contrairement aux idées reçues, la vacance du pouvoir au Cameroun ne peut être déterminée par la seule absence prolongée du président hors du territoire national. La loi fondamentale camerounaise ne fixe en effet aucune limite de temps pour un séjour à l’étranger.
Selon l’article 67 de la constitution, la vacance du pouvoir ne peut être constatée que dans trois cas précis : le décès, la démission ou l’empêchement définitif du président en exercice.
Cependant, le texte constitutionnel ne précise pas la notion d’« empêchement définitif », laissant ainsi une marge d’interprétation. Cette ambiguïté juridique alimente les débats sur la situation actuelle.
En l’absence de preuve d’un empêchement définitif, il n’existe donc aucune base légale pour évoquer une vacance du pouvoir, même après plus de 40 jours d’absence du chef de l’État.
L’absence du président : une question de légalité ou d’éthique ?
Bien que la constitution n’impose aucune restriction au président pour diriger le Cameroun depuis l’étranger, cette pratique soulève des questions d’ordre moral et éthique.
Depuis plus de 43 ans au pouvoir, Paul Biya n’a jamais signé de décret important depuis l’étranger, ce qui nourrit les interrogations sur la gestion actuelle de l’État.
Le retard dans la formation du gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025, ainsi que l’absence de nomination d’un Vice-président malgré la réintroduction récente de ce poste, pourraient expliquer l’inquiétude croissante de l’opinion publique.
Les Camerounais et les observateurs extérieurs s’interrogent : cette absence prolongée est-elle simplement une affaire de routine ou révèle-t-elle une crise institutionnelle plus profonde ?