Crimes de guerre en RDC : l’armée congolaise doit rompre avec les Wazalendo

Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le groupe armé Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP), soutenu par les Forces armées congolaises (FARDC), est accusé de meurtres, de tortures, de pillages et d’enlèvements de femmes réduites en esclavage sexuel dans le territoire de Rutshuru. Ces exactions se déroulent principalement dans le groupement de Bukombo, une zone également sous influence du Mouvement du 23 mars (M23).

Le CMC-FDP fait partie des Wazalendo, une coalition de groupes armés utilisée par l’armée congolaise comme force supplétive contre le M23. Opérant dans des bases isolées, ces combattants ciblent des civils, souvent la nuit, et se livrent à des représailles après des affrontements avec le M23. Les violences, qui incluent des exécutions sommaires et des incendies de maisons, constituent de graves violations du droit international humanitaire et pourraient être qualifiées de crimes de guerre.

Les civils qui vivent à Bukombo ou aux alentours sont pris au piège, entre la brutalité du M23 et celle du CMC-FDP. Ce qu’ils sont contraints à endurer au quotidien est terrible, en particulier dans les zones isolées où le CMC-FDP agit en toute impunité.

Entre juin et décembre 2025, des dizaines de victimes ont été recensées. Des femmes ont été enlevées, violées à répétition et forcées à devenir les « épouses » de commandants. D’autres ont subi des fausses couches après avoir été battues. Des hommes ont été exécutés sommairement parce que leurs proches avaient rejoint le M23. Le groupe exigeait également des rançons et des impôts sous la menace.

Viols et autres violences sexuelles contre les femmes

Une femme d’une vingtaine d’années a raconté avoir été enlevée à son domicile par des combattants du CMC-FDP après que son mari a rejoint le M23. Détenue pendant trois mois, elle a été violée quotidiennement par un commandant. « Je pensais qu’il me tuerait si je refusais », a-t-elle confié. Deux autres femmes étaient également détenues dans le camp. Une autre jeune femme de 22 ans, enlevée en juin 2025, a subi le même sort. Elle a vu quatre autres femmes forcées à devenir des « épouses » de combattants. Les deux victimes ont contracté des infections sexuellement transmissibles et ont été soignées dans des centres de santé, mais de nombreuses autres n’ont pas accès à des soins adéquats.

L’esclavage sexuel et les violences sexuelles en temps de conflit constituent des crimes de guerre et violent plusieurs droits humains fondamentaux.

Mauvais traitements et autres violences faites aux femmes

Le 20 novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte et son mari, se sont réfugiées dans une bananeraie lors d’échanges de tirs. Des combattants armés les ont retrouvées, ont pillé leurs biens et incendié leurs maisons. « L’un d’eux a eu pitié de moi parce que j’étais enceinte », a-t-elle dit. Son mari a été tué à la machette. Elle a accouché seule dans la forêt quelques heures plus tard. Une autre femme enceinte a été rouée de coups par quatre combattants, ce qui a provoqué une fausse couche le lendemain.

Homicides motivés par la vengeance et exécutions sommaires

Neuf victimes ont rapporté que des combattants du CMC-FDP avaient tué leurs maris ou les avaient enlevées parce que leurs fils ou maris avaient rejoint le M23. Une femme de 35 ans a vu son mari abattu de trois balles dans la poitrine sous les yeux de leurs enfants. Un commandant basé à Kyahemba serait impliqué dans plusieurs de ces homicides. Une autre femme, Elisabeth, a déclaré que six combattants, dont d’anciens voisins, avaient exécuté son mari et pillé la maison.

Ils lui ont tiré à trois reprises dans la poitrine et dans les parties génitales. Après l’avoir abattu, ils ont pillé la maison. Ils sont repartis avec quatre chèvres, des vêtements et des marmites.

Extorsion et menaces

Avant l’arrivée du M23, le CMC-FDP prélevait un impôt appelé lala salama (« dormir paisiblement ») sur les habitants. Un homme a déclaré que son fils avait rejoint le M23 après avoir été extorqué à plusieurs reprises. Un autre, Innocent, a donné 300 dollars aux combattants pour éviter d’être tué, mais ils ont brûlé trois de ses maisons. Une jeune femme, Justine, a été battue et attachée parce qu’elle ressemblait à une Tutsi. Un combattant l’a aidée à s’enfuir. Selon elle, son mari avait rejoint le M23 par peur d’être décapité.

À chaque fois qu’ils venaient, ils me frappaient. Ils ont brûlé trois maisons, la mienne et deux autres. Ils ont dit qu’ils me tueraient si je ne leur donnais pas d’argent.

Appui de l’armée congolaise au CMC-FDP

Depuis 2023, la RDC a intégré certains groupes armés locaux, dont le CMC-FDP, dans une réserve armée pour combattre le M23. Les FARDC fournissent des armes, des munitions et un financement mensuel. En décembre 2025, le gouvernement a révélé que 4 millions de dollars étaient versés chaque mois aux groupes Wazalendo. Des documents internes montrent que le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches et 100 roquettes des FARDC fin 2023 et début 2024. En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du groupe, Dominique Kamanzi, pour graves violations des droits humains.

Malgré ces exactions, l’armée congolaise continue de collaborer avec le CMC-FDP. Il est urgent que les autorités mettent fin à ce soutien et traduisent les responsables en justice. La communauté internationale doit exercer des pressions pour protéger les civils et faire respecter le droit international.

Les noms des victimes ont été modifiés pour des raisons de sécurité.