Frappes du Tchad contre des terroristes : des pêcheurs pris pour cibles ?
Des soldats tchadiens en patrouille sur le lac Tchad

Des opérations militaires menées par l’armée du Tchad contre des groupes armés dans le nord-est du Nigeria ont fait plusieurs victimes parmi des pêcheurs locaux, selon des témoignages recueillis dimanche 10 mai. Les frappes, déclenchées après une attaque jihadiste ayant causé la mort de 24 soldats tchadiens, ciblent des zones contrôlées par Boko Haram près des frontières avec le Tchad.

« Nous ne pouvons pas encore établir un bilan précis des victimes, car les opérations sont toujours en cours », a expliqué un témoin sous anonymat à des médias locaux. Les zones bombardées, comme l’île de Shuwa, sont des points stratégiques pour les pêcheurs nigérians, contraints de payer un « impôt » à Boko Haram pour accéder aux eaux poissonneuses du lac Tchad.

Des dizaines de disparitions parmi les pêcheurs

Un responsable syndical nigérian a évoqué le cas de 40 pêcheurs nigérians portés disparus, probablement victimes des bombardements. Ces derniers pêchaient dans des eaux contrôlées par le groupe terroriste, où des pêcheurs locaux et étrangers se rendent régulièrement malgré les risques. L’île de Shuwa, située à la croisée des frontières du Nigeria, du Niger et du Tchad, est un bastion connu de Boko Haram.

Selon des pêcheurs rescapés, de nombreuses personnes originaires de Doron Baga et de l’État de Taraba au Nigeria auraient péri lors de ces frappes. « Personne ne peut nier que les pêcheurs paient une taxe à Boko Haram pour accéder à ces zones », a déclaré Adamu Haladu, un pêcheur basé à Baga.

Un précédent tragique en 2024

L’armée tchadienne n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations. Pourtant, ce n’est pas la première fois que ses opérations sont pointées du doigt pour des victimes civiles. En octobre 2024, des frappes similaires sur l’île de Tilma avaient causé la mort de dizaines de civils, bien que l’armée ait toujours nié cibler des non-combattants. Ces attaques visaient des jihadistes responsables de la mort de 40 soldats tchadiens, mais des témoins avaient affirmé que les frappes avaient également touché des pêcheurs.

L’insurrection de Boko Haram, qui a débuté en 2009, a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé deux millions de personnes dans la région. Le lac Tchad, partagé entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est devenu un foyer de tensions, abritant à la fois des combattants de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).

Pour lutter contre cette menace, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient relancé en 2015 la force multinationale mixte, créée en 1994. Cependant, le Niger a quitté cette coalition en 2025, affaiblissant ainsi la réponse régionale face à l’expansion des groupes armés.