Influence géopolitique : le Maroc et l’Algérie se disputent le Sahel

le Sahel, un territoire convoité malgré des défis économiques majeurs

Avec des indicateurs économiques parmi les plus faibles au monde, les pays du Sahel comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger peinent à attirer les investissements directs étrangers. Près de la moitié de leur population vit sous le seuil de pauvreté, et des défis structurels persistent : seulement 25 % des terres sont arables au Mali, où le taux de pauvreté atteint 45 %. Les capitales comme Ouagadougou et Niamey affichent des situations similaires, avec respectivement 40 % et 60,5 % de la population sous le seuil de pauvreté selon la Banque mondiale. Ces États, enclavés et dirigés par des juntes militaires formées sous l’influence du Kremlin, misent sur une rhétorique anti-française et anti-occidentale pour tenter de redynamiser leurs économies. Pourtant, malgré ces discours, le développement peine à suivre. Deux voisins stratégiques, l’Algérie et le Maroc, se positionnent désormais comme des acteurs clés pour briser cette impasse.

le Maroc mise sur des infrastructures portuaires pour désenclaver le Sahel

Le Royaume chérifien développe actuellement le port de Dakhla Atlantique, un projet pharaonique qui vise à offrir au Sahel un accès direct à l’océan Atlantique. Prévu pour être opérationnel d’ici 2029, ce hub logistique pourrait devenir l’équivalent d’un Tanger Med, en facilitant les échanges commerciaux avec l’Europe et les Amériques. Le Maroc a déjà reçu les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), proposant une solution concrète pour désenclaver ces nations enclavées. Au-delà des infrastructures, Rabat mise sur une approche globale : développer l’économie locale pour offrir une alternative aux jeunes générations, souvent attirées par les groupes djihadistes. Avec une démographie en forte croissance, où la population devrait doubler en dix ans, cette stratégie vise à réduire la vulnérabilité face à l’extrémisme violent. Par ailleurs, ce projet renforcerait la position du Maroc dans la région, malgré son isolement géographique lié au conflit avec l’Algérie.

l’Algérie mise sur les hydrocarbures pour étendre son influence

Après des tensions diplomatiques, Alger a renoué avec Niamey pour relancer le projet de gazoduc transsaharien, un pipeline de 4 800 km reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Ce gazoduc, qui approvisionnera l’Europe en gaz naturel, représente une opportunité économique majeure pour le Niger. La Sonatrach, société nationale algérienne, s’engage à former des Nigériens à l’exploitation de cette infrastructure, contrairement à d’autres acteurs internationaux comme la Chine. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large pour renforcer l’influence algérienne dans la région, tout en offrant une solution énergétique à l’Europe. Cependant, ce projet pourrait aussi alimenter les tensions avec le Maroc, dont les ambitions géopolitiques entrent en concurrence directe avec celles d’Alger.

deux stratégies concurrentes mais complémentaires

Alors que l’Algérie mise sur ses ressources énergétiques et son expertise en hydrocarbures, le Maroc mise sur des infrastructures portuaires et des partenariats logistiques. Ces deux approches pourraient, à terme, se révéler complémentaires pour le développement du Sahel. Pourtant, leur rivalité historique, notamment autour du conflit du Sahara occidental, complique toute collaboration. Une résolution de ce différend, discutée lors de rencontres internationales comme celles de Madrid ou Washington en février 2025, pourrait ouvrir la voie à une coopération renforcée entre Alger et Rabat. Cette alliance permettrait de mieux contrer les défis sécuritaires et démographiques du Sahel, où le djihadisme prospère grâce à la pauvreté et aux régimes autoritaires. En proposant des alternatives économiques viables, ces deux pays pourraient enfin briser le cycle de l’instabilité dans la région.