Kémi Séba : l’influenceur panafricain au cœur des tensions géopolitiques
Un militant panafricain au rayonnement exceptionnel en Afrique francophone
En Afrique de l’Ouest et centrale, Kémi Séba incarne une figure controversée mais incontournable. Cet activiste béninois, âgé de 42 ans, s’est imposé comme une star des réseaux sociaux avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et des vidéos visionnées par des centaines de milliers de personnes sur YouTube. Ses prises de parole, souvent virulentes à l’encontre de l’Occident, lui ont valu une renommée internationale.
Récemment, il a partagé sur X (ex-Twitter) un message marquant : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau ». Un statut qui fait suite à sa déchéance de la nationalité française, effective depuis un décret publié au Journal officiel le 9 juillet. Cette décision administrative intervient après une condamnation pour incitation à la haine raciale et son rôle présumé au sein de la Tribu Ka, un mouvement suprématiste noir dissous en 2006 pour ses positions antisémites.
Un parcours marqué par la radicalité et les polémiques
Ancien leader du groupe Urgence Panafricaine, Kémi Séba se présente comme un « révolutionnaire africain du XXIe siècle ». Son influence s’étend bien au-delà des frontières du Bénin, son pays d’origine. Il organise régulièrement des conférences à l’étranger, attirant des publics variés, du Brésil à l’Iran en passant par la Russie et le Venezuela. Son discours anti-français et anti-occidental séduit une partie de la jeunesse africaine en quête d’alternatives géopolitiques.
Il a notamment été invité au Sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, un événement organisé par Vladimir Poutine. En France, son nom a été cité en 2023 par le président de la commission Défense de l’Assemblée nationale, qui l’a qualifié de « relais de la propagande russe » et de vecteur d’un « sentiment anti-français » alimenté par une puissance étrangère.
Les liens troubles entre Kémi Séba et la Russie
Les relations entre Kémi Séba et Moscou remontent à près de dix ans. Selon Jeune Afrique, Evgueni Prigojine, fondateur du groupe Wagner (décédé en août 2023), aurait directement financé et soutenu certaines de ses actions. Wagner, connu pour ses activités de mercenariat, d’exploitation minière et de réseaux d’influence en Afrique, aurait vu en Kémi Séba un allié précieux pour étendre l’influence russe sur le continent.
Ce dernier apporte systématiquement son soutien aux États africains qui rompent avec la France et se tournent vers Moscou. Il a notamment applaudi les coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso, déclarant : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement ». Ses cibles privilégiées ? La Françafrique et le franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale ».
Un discours anti-occidental qui divise
Kémi Séba se défend d’être un « pantin » de la Russie, affirmant agir de manière indépendante. Pourtant, ses positions systématiques en faveur des régimes pro-russes et ses attaques répétées contre la France et l’Occident en font une figure controversée. Ses détracteurs l’accusent de servir des intérêts étrangers au détriment de l’unité et de la stabilité du continent africain.
Alors que la guerre en Ukraine bat son plein, la Russie mène une guerre d’influence en Afrique, où des personnalités comme Kémi Séba jouent un rôle clé. Son influence grandissante interroge : jusqu’où ira-t-elle, et quel sera l’impact sur les relations entre l’Afrique et l’Europe ?