Mali : étienne fabaka sissoko trace une voie entre dialogue et unité nationale

Mali : Étienne Fabaka Sissoko trace une voie entre dialogue et unité nationale

Le Mali, confronté à une crise à la fois sécuritaire, politique et humanitaire, cherche des réponses à même de préserver son unité et sa souveraineté. Dans ce contexte tendu, Étienne Fabaka Sissoko, porte-parole de la Coalition des Forces pour la République (CFR), partage sa vision d’une sortie de crise fondée sur le dialogue, tout en traçant des lignes rouges infranchissables. Son approche se veut une alternative entre le statu quo militaire et les risques d’un effondrement institutionnel.

Bamako sous pression : le blocus, une stratégie contre-productive

La situation à Bamako, comme dans le reste du pays, reste marquée par les conséquences d’un blocus qui pèse lourdement sur les populations. Étienne Fabaka Sissoko souligne que cette mesure ne peut être considérée comme une « réussite » : elle « affame, bloque et prend les Maliens en otage », générant souffrance et précarité. Pour un pays enclavé comme le Mali, contrôler ses corridors d’approvisionnement relève de la souveraineté. La CFR rejette cette stratégie car elle frappe avant tout les civils.

Le porte-parole insiste sur l’urgence d’une réponse politique : « Une approche exclusivement militaire montre ses limites. Il faut protéger les populations, sécuriser les axes logistiques et recréer les conditions d’une paix durable. »

Les Maliens aspirent à la paix : la CFR, une plateforme d’espoir

Créée en décembre 2025, la CFR répond à une attente croissante parmi les Maliens, lassés par des années de crise. « Les Maliens veulent la paix et cherchent une alternative crédible », explique Étienne Fabaka Sissoko. La CFR se positionne comme une plateforme de sauvegarde nationale, non comme un parti traditionnel. Son objectif ? Offrir une issue entre la mainmise du pouvoir militaire et l’enlisement du pays.

La Coalition mise sur un dialogue national encadré, une refonte territoriale et une transition civile. « Notre ambition est de restaurer les libertés publiques, de préparer une nouvelle Constitution et d’organiser des élections — mais la présidentielle ne doit pas être le point de départ, elle en est l’aboutissement », précise-t-il.

Dialoguer sans s’allier : la position claire de la CFR face aux mouvements armés

Certains observateurs évoquent un lien entre la CFR et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Étienne Fabaka Sissoko rectifie : « La CFR n’est pas la branche politique du FLA, et le FLA n’est pas la branche armée de la CFR. » Il réaffirme que le dialogue n’équivaut pas à une alliance ou à une coordination militaire. La CFR est un mouvement civil, engagé dans une démarche strictement politique.

Sur la question de la partition du Mali, la position est sans ambiguïté : « Nous refusons toute division du territoire. » Cependant, la CFR défend une approche politique pour traiter les questions territoriales et de gouvernance, dans le cadre républicain et transparent. « Notre méthode est le dialogue, pas la guerre », martèle-t-il.

Transition civile : restaurer l’État et éviter l’effondrement

Face à l’offensive du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) en avril 2026, Étienne Fabaka Sissoko rappelle que la CFR ne construit pas sa stratégie sur la chute violente de l’État ou la victoire militaire d’un groupe armé. « L’effondrement du régime en place n’a donné aucune légitimité automatique aux groupes armés pour décider de l’avenir du Mali. »

La CFR a envisagé un scénario de transition civile : restauration des libertés, sécurisation des populations, dialogue national, préparation d’une nouvelle Constitution et organisation d’élections. « La présidentielle doit être l’aboutissement du processus, pas son point de départ. Sans sécurité ni consensus, les mêmes causes produiront les mêmes effets », avertit-il.

L’imam Mahmoud Dicko : une autorité morale, pas un leader politique

L’imam Mahmoud Dicko pourrait jouer un rôle d’autorité morale dans une transition, en facilitant le dialogue et en apaisant les tensions. « Il ne s’agit pas de faire de lui un chef politique de substitution. Les responsabilités exécutives doivent revenir à des institutions civiles légitimes, issues du peuple et des urnes », insiste Étienne Fabaka Sissoko.

Dialogue avec le JNIM : ni capitulation, ni récompense

La CFR défend l’idée d’un dialogue avec le JNIM, mais sous conditions strictes. « Ce dialogue n’est ni une capitulation ni une récompense. C’est un outil pour mettre fin à la guerre et protéger les civils. » La difficulté majeure réside dans l’affiliation du JNIM à Al-Qaïda, incompatible avec un processus de paix national.

Les lignes rouges sont claires : unité du Mali, maintien de l’État républicain, protection des libertés fondamentales, rupture avec les agendas transnationaux armés, arrêt des attaques contre les civils et absence d’impunité pour les crimes graves. Étienne Fabaka Sissoko rappelle que la CFR ne fonde pas sa stratégie sur des intentions prêtées à des individus : « Seuls les actes vérifiables comptent. »

Décentralisation : l’État de proximité avant tout

Le débat sur la décentralisation est souvent réduit à la question de la charia, un sujet que Étienne Fabaka Sissoko juge réducteur. « Le vrai problème, c’est l’effondrement de l’État de proximité : administration absente, justice inaccessible, services publics défaillants. » La CFR ne propose pas la charia, mais une République malienne capable d’intégrer des formes de médiation locale dans un cadre constitutionnel strict : égalité des citoyens, protection des femmes et des enfants, droit de recours devant la justice nationale.

La vision de la CFR en matière de décentralisation repose sur la répartition des compétences, des ressources et des recettes publiques entre Bamako et les collectivités territoriales. « Un Mali unitaire, souverain et indivisible, mais davantage régionalisé. Les territoires doivent disposer des moyens pour gérer leur proximité, tandis que l’État conserve ses fonctions régaliennes. Concentrer tout à Bamako est inefficace dans un pays aussi vaste que le Mali », explique-t-il.

Programme de transition : éducation, justice, sécurité et développement

La CFR dispose d’un programme de transition axé sur la « restauration de l’État utile ». Ses priorités : réouverture des écoles, renforcement de la justice, protection des populations et relance économique. « Nous défendons l’indépendance de la magistrature, le soutien aux enseignants, l’amélioration des forces de sécurité et la sécurisation des corridors économiques. La crise est aussi humanitaire. Rendre accessible l’éducation, la justice, la sécurité, l’énergie et l’alimentation est la première étape de la reconstruction nationale. »

L’Alliance des Démocrates du Sahel : une convergence civique, pas un commandement unifié

L’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), née après la CFR, est une convergence entre citoyens maliens, burkinabè et nigériens. « Elle repose sur un constat partagé : la crise du Sahel est aussi institutionnelle et démocratique. Mais il ne s’agit ni d’une structure militaire ni d’un commandement politique unique. La CFR reste une initiative malienne répondant à la crise malienne. »

L’ADS vise à coordonner des actions de plaidoyer, de défense des libertés publiques et de solidarité entre démocrates sahéliens. « Nous ne proposons ni revanche, ni partition, ni théocratie, ni retour mécanique à l’ancien système. Nous défendons une transition civile, un dialogue national encadré, une refondation territoriale, une armée républicaine et le retour du choix populaire. Le Mali ne sera pas sauvé par un homme fort, mais par un pacte national fort. »