Mali : une alliance touarègue et djihadiste défie la junte et ses alliés russes

Mali : une alliance touarègue et djihadiste défie la junte et ses alliés russes

Une offensive d’envergure a secoué le Mali ce week-end, orchestrée par une coordination inédite entre les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Cette alliance stratégique a ciblé plusieurs villes majeures, dont Bamako, Kati, Gao, Kidal et Sévaré, plongeant le pays dans une crise sécuritaire sans précédent.

Carte du Mali

une coordination militaire sans précédent

Selon le chef d’état-major des forces armées maliennes, Oumar Diarra, cette offensive s’inscrit dans un « plan de déstabilisation coordonné par des acteurs internes et externes », visant à instaurer une insécurité permanente au Mali. Les assaillants ont utilisé une batterie d’armes variées : véhicules piégés, engins explosifs improvisés, drones kamikazes, tirs indirects et attaques frontales contre des positions militaires. Les premières attaques ont été lancées samedi à l’aube, simultanément dans sept localités.

Les groupes armés ont revendiqué des cibles stratégiques, dont :

  • la résidence présidentielle à Bamako ;
  • le ministère de la Défense ;
  • l’aéroport international Modibo Keita ;
  • des bases militaires à Kati, Gao, Kidal et Sévaré.

bilan humain et militaire

Le gouvernement de transition a fait état de 16 blessés parmi les civils et les militaires, tout en affirmant que « la situation est totalement sous contrôle ». Un couvre-feu de 72 heures a été instauré à Bamako, et l’aéroport international est resté fermé dimanche. Les Forces armées maliennes (FAMA) ont annoncé avoir neutralisé plus de 200 combattants ennemis, tandis que des opérations de ratissage se poursuivent dans plusieurs zones.

Cependant, Kidal, bastion stratégique du nord-ouest, est désormais entièrement sous contrôle des insurgés. Le général Diarra a reconnu une situation complexe, évoquant un « redéploiement » des troupes pour renforcer l’efficacité des missions et protéger les populations locales.

le retrait controversé des mercenaires russes

Le Corps d’armée russe pour l’Afrique (Corps d’Afrique), qui a pris le relais des opérations du groupe Wagner, a annoncé son retrait de Kidal en coordination avec les autorités maliennes. Ce retrait, justifié par la nécessité d’évacuer les soldats blessés et le matériel lourd, intervient après un accord avec les rebelles touaregs pour garantir leur sécurité.

Dans un communiqué diffusé sur X (ex-Twitter) et Telegram, le Corps d’Afrique a affirmé avoir joué un rôle clé dans la riposte aux attaques. Il a également dénoncé une tentative de coup d’État orchestrée par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et la branche sahélienne d’Al-Qaïda, avec le soutien présumé de mercenaires ukrainiens et européens, ainsi que des services de renseignement occidentaux. Selon cette version, entre 10 000 et 12 000 combattants auraient participé à l’offensive, visant des cibles civiles et militaires à travers le pays.

Le Corps d’Afrique revendique avoir :

  • sécurisé le palais présidentiel ;
  • maintenu le contrôle des positions stratégiques et des aéroports ;
  • neutralisé plus de 1 000 djihadistes ;
  • détruit plus de 100 véhicules ;
  • empêché un « scénario syrien » au Mali.

Cependant, des sources locales rapportent des combattants blessés dans les rangs russes, en cours d’évacuation. L’armée russe affirme avoir repoussé quatre attaques massives à Kidal, avec des pertes estimées à 32 blessés et la destruction de 12 camionnettes transportant des armes et du personnel.

les pertes politiques majeures de la junte

L’offensive a également coûté la vie à des figures clés de la transition malienne. Sadio Camara, ministre de la Défense et numéro deux de facto de la junte, a été tué lors d’un attentat-suicide ciblant sa résidence à Kati. Une voiture piégée a explosé, causant la mort du ministre, de deux de ses épouses, de deux jeunes enfants et de plusieurs civils. Assimi Goïta, chef de la junte, a été évacué en urgence vers un lieu sécurisé.

Par ailleurs, Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de sûreté de l’État, a été grièvement blessé lors des affrontements. Ces pertes représentent un coup dur pour la junte militaire, déjà fragilisée par deux coups d’État en 2020 et 2021.

une alliance tactique entre des ennemis idéologiques

Cette offensive marque un tournant dans le conflit malien, officialisant une alliance entre les rebelles touaregs et les groupes djihadistes. Bien que leurs objectifs diffèrent radicalement – autonomie pour l’Azawad pour les Touaregs et instauration d’un État islamique pour les djihadistes – leur collaboration s’explique par une nécessité tactique face à un ennemi commun : la junte militaire et ses alliés russes.

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), né en novembre 2024 de la fusion de plusieurs groupes touaregs, a annoncé son retrait des accords d’Alger de 2015, qui avaient mis fin à une précédente insurrection. Cette alliance s’est consolidée en juillet 2024, avec un bond opérationnel notable. En juillet 2024, à Tinzaouaten, une coalition touarègue et djihadiste a infligé une défaite cuisante aux mercenaires russes, faisant entre 20 et 80 morts.

Des analystes évoquent une coordination tactique avec le GUR, le service de renseignement militaire ukrainien, qui aurait fourni des informations stratégiques aux rebelles. Cette collaboration expliquerait l’utilisation de tactiques avancées, comme les drones kamikazes ou les véhicules gonflables, inspirées des méthodes ukrainiennes dans le conflit contre la Russie. En réponse, le Mali a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine.

Kiev dément toute implication directe, qualifiant les accusations de « hâtives et sans preuves ». Cependant, l’objectif de l’Ukraine pourrait être de distraire la Russie en ouvrant un second front en Afrique, forçant Moscou à redéployer des ressources loin de l’Ukraine.

perspectives et enjeux pour le Mali

Cette offensive coordonnée entre Touaregs et djihadistes représente une menace existentielle pour la junte militaire et ses alliés russes. Le Mali, déjà en proie à une instabilité chronique, se retrouve face à un défi sécuritaire et politique sans précédent.

La disparition de figures clés comme Sadio Camara pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de la transition. Par ailleurs, le retrait des mercenaires russes de Kidal laisse planer des interrogations sur l’avenir de cette région stratégique, désormais sous contrôle insurgé.

Dans ce contexte, la capacité de la junte à maintenir le contrôle du pays et à restaurer la sécurité sera déterminante pour l’avenir du Mali et de la région.