Retour surprise de Macky Sall au Sénégal : entre tensions politiques et ambitions internationales
Un retour qui questionne : l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, effectue ce vendredi une visite officielle dans son pays, deux ans après sa défaite électorale face à Bassirou Diomaye Faye. Un déplacement en grande pompe, marqué par une rencontre prévue avec son successeur, alors que les relations entre les deux hommes restent tendues depuis des mois.
Un atterrissage sous haute tension
C’est à l’aéroport militaire de Yoff, à Dakar, que Macky Sall fera son grand retour sur le sol sénégalais. Une arrivée symbolique, d’autant plus que la dernière fois qu’il a foulé le sol national, c’était dans des circonstances bien différentes : lors de la campagne présidentielle de 2024, alors que son régime était encore en place. À l’époque, son successeur, Bassirou Diomaye Faye, et son mentor, Ousmane Sonko, étaient derrière les barreaux pour des motifs politiques.
Des souvenirs douloureux qui resurgissent
Parmi les milliers de Sénégalais emprisonnés pour avoir soutenu l’opposition, Aly Coly, militant du Pastef, se souvient encore des conditions de son arrestation. « Ma famille entière a été enfermée, ma femme et mon enfant de trois mois compris. Aujourd’hui, voir que notre président accueille l’homme qui a orchestré tout cela, c’est une trahison de plus, » confie-t-il, amer. Selon les bilans officiels, plus de mille détenus politiques et soixante-cinq morts dans les répressions de 2021 à 2024 : des chiffres qui pèsent lourd dans la mémoire collective.
Une candidature à l’ONU qui divise
Derrière cette visite éclair se cache un objectif ambitieux : briguer le poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Macky Sall a d’ailleurs évoqué ce projet dès le mois d’avril devant l’assemblée générale, se présentant comme un défenseur du multilatéralisme. Pourtant, son ambition se heurte à une réalité politique : il n’a pas encore obtenu le soutien ni de l’Union africaine ni de son propre pays. Une situation qui pourrait évoluer si Bassirou Diomaye Faye lui accordait son feu vert.
Pourtant, pour de nombreux Sénégalais, cette candidature relève de l’incongruité. « Comment imaginer que quelqu’un ayant laissé derrière lui 60 morts puisse diriger une institution dont la mission première est de protéger les droits humains ?, » s’indigne Aly Coly.
Un deal politique en jeu
Pour le président actuel, cette rencontre pourrait s’avérer stratégique. Depuis plusieurs mois, les tensions avec Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et figure incontournable du Pastef, se multiplient. Diomaye Faye, élu sur une promesse de rupture avec l’ancien système, est désormais accusé par une partie de ses partisans de réintégrer « les cercles corrompus du passé, » notamment à travers des nominations controversées.
Pour Maurice Soundieck Dione, politologue à l’université Gaston Berger, cette entrevue pourrait bien être « la suite logique des derniers mois de politique sénégalaise. » En effet, renforcer ses alliances avec l’ancien président pourrait aider Diomaye Faye à consolider sa position, alors que son mentor, Ousmane Sonko, détient un pouvoir de blocage au Parlement.
Reste à savoir si cette rencontre sera perçue comme une trahison par les soutiens historiques du président ou, au contraire, comme une manœuvre nécessaire pour stabiliser un pays en proie à des défis économiques et politiques majeurs.