Tentative de coup d’État déjouée au Bénin : le point sur la situation à Cotonou

La capitale économique du Bénin, Cotonou, a été le théâtre d’une vive tension ce dimanche matin. Des détonations ont retenti dans la ville alors qu’un groupe de militaires s’emparait de la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Toutefois, les autorités ont rapidement affirmé que cette insurrection avait été maîtrisée par les forces loyalistes.

Le président béninois Patrice Talon lors d’une cérémonie à Cotonou, en 2022.

Déroulement de l’insurrection militaire

Huit soldats armés, arborant des bérets de différentes unités, ont fait irruption sur le plateau de l’audiovisuel public pour proclamer la création d’un « Comité militaire pour la refondation » (CMR). Ce groupe, dirigé par un lieutenant-colonel, a justifié son action par plusieurs griefs : l’insécurité croissante dans le nord du Bénin, le manque de soutien aux familles des soldats tombés au combat et des irrégularités dans les promotions au sein de l’armée.

En plus de ces revendications internes à la grande muette, les putschistes ont fustigé une érosion des libertés publiques. Durant la matinée, des points stratégiques de Cotonou, incluant le palais présidentiel, le siège de la télévision et certains quartiers diplomatiques comme celui du Sofitel, ont été temporairement bouclés par des hommes en armes.

La riposte du gouvernement et retour au calme

Malgré l’agitation dans certains secteurs, une grande partie de la population a continué ses activités quotidiennes. Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, est intervenu plus tard pour rassurer l’opinion publique, affirmant que les forces républicaines avaient fait échec à cette tentative de déstabilisation. Selon les autorités, le pays est désormais sécurisé et l’armée régulière a repris les commandes.

Des sources sécuritaires indiquent qu’une douzaine de militaires, dont les instigateurs du mouvement, ont été interpellés. L’entourage de Patrice Talon a confirmé que le chef de l’État était hors de danger dès les premières heures de l’incident.

Le profil de Patrice Talon et le climat politique

Au pouvoir depuis deux mandats, Patrice Talon dirige un pays reconnu pour sa solidité économique, mais confronté à la menace djihadiste à ses frontières septentrionales. Bien que son bilan économique soit souvent salué, il fait face à des critiques persistantes concernant un virage autoritaire, notamment à l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2026, à laquelle il ne peut pas se représenter selon la Constitution.

Indignation de la communauté internationale

L’annonce de ce coup de force a provoqué une réaction immédiate des instances régionales. La CEDEAO a fermement dénoncé cette atteinte à l’ordre constitutionnel et exprimé son soutien total au gouvernement en place. De son côté, l’Union africaine (UA), par la voix de Mahamoud Ali Youssouf, a exigé l’arrêt immédiat des actions illégales et le retour des soldats dans leurs casernes respectives.

Un contexte historique et régional fragile

Le Bénin possède une longue histoire de soubresauts politiques, avec des coups d’État marquants en 1963, 1965 et 1969. Sous l’ère Talon, des tentatives avaient déjà été signalées en 2020 et en septembre 2024. Cette nouvelle alerte s’inscrit dans un climat régional instable, l’Afrique de l’Ouest ayant vu se multiplier les putschs ces dernières années, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée et récemment en Guinée-Bissau.