Tentative de putsch au Bénin : une stabilité sous haute tension régionale

L’Afrique de l’Ouest traverse une période de fortes turbulences politiques. Depuis quelques années, la région est marquée par une succession de coups d’État, notamment au Sahel, en Guinée et plus récemment en Guinée-Bissau. Dans des pays comme le Burkina Faso, le Niger et le Mali, les autorités de transition affichent désormais une volonté de rupture nette avec la France.

Le président béninois Patrice Talon, en 2022.

Face à la récente tentative de déstabilisation au Bénin, l’Élysée a confirmé que le président Emmanuel Macron a coordonné un partage d’informations stratégiques avec les dirigeants de la zone. Des échanges ont eu lieu avec Patrice Talon, cible des putschistes, ainsi qu’avec les présidents du Nigeria et de la Sierra Leone, ce dernier occupant la tête de la CEDEAO. Paris a réaffirmé son soutien diplomatique total aux initiatives de l’organisation régionale.

Un dimanche de chaos à Cotonou

L’alerte a été donnée dimanche matin lorsque huit militaires ont annoncé à la télévision nationale la destitution du président Patrice Talon. Après plusieurs heures d’incertitude dans les rues de Cotonou, le chef de l’État a assuré que le gouvernement avait repris la main. Cependant, les heurts entre les mutins et les unités loyalistes ont causé plusieurs victimes.

Le Nigeria a joué un rôle déterminant dans le rétablissement de l’ordre en effectuant des frappes aériennes sur la base de Togbin, point de repli des insurgés. Des troupes nigérianes ont également été déployées au sol pour sécuriser ce site stratégique durant la nuit de dimanche à lundi.

La CEDEAO mobilisée pour l’ordre constitutionnel

Pour prévenir tout nouveau basculement, la CEDEAO a dépêché des renforts militaires issus de quatre nations voisines. Omar Alieu Touray, président de la Commission de l’organisation, a souligné l’état d’urgence dans lequel se trouve la communauté, confrontée à la fois à la menace jihadiste et à la multiplication des coups de force.

Si une douzaine de soldats ont été capturés, le meneur présumé, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, demeure introuvable. Les deux hauts responsables militaires pris en otage, Abou Issa et Faïzou Gomina, ont fort heureusement été libérés dès lundi.

Vers une élection présidentielle sous haute surveillance

Bien que le calme soit revenu à Cotonou, l’horizon politique reste chargé. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, doit se retirer en avril prochain conformément à la Constitution qui limite l’exercice du pouvoir à deux mandats. Si son bilan économique est valorisé, ses opposants dénoncent un durcissement du régime.

Le scrutin à venir place Romuald Wadagni, actuel ministre des Finances, en position de favori, alors que le parti d’opposition Les Démocrates se trouve écarté de la course. L’ex-président Thomas Boni Yayi a fermement condamné l’attaque tout en plaidant pour la tenue d’élections transparentes et inclusives. Pour la CEDEAO, l’exclusion électorale devient un facteur préoccupant d’instabilité dans toute la sous-région.