Une révolution sanitaire au Burkina Faso pour un accès aux soins plus équitable
Pendant de longues années, l’accès aux services médicaux représentait un défi insurmontable pour de nombreux citoyens du Burkina Faso. Le coût financier constituait un rempart infranchissable entre les malades et la guérison. Cependant, une décision historique prise le 13 mars 2024 a radicalement changé la donne : l’État a instauré une baisse significative des tarifs des examens spécialisés et a supprimé la caution autrefois exigée pour la dialyse dans le secteur public.
Un tournant majeur pour le système de santé public
Dans les couloirs des centres hospitaliers, l’atmosphère autrefois marquée par le désespoir financier laisse place à un nouvel espoir. La santé, autrefois perçue comme un privilège réservé à une élite, tend désormais à redevenir un droit fondamental. Au CHU de Bogodogo, les témoignages sont poignants. Madi Diallo se souvient avec amertume de la perte de sa sœur, faute de pouvoir réunir les 500 000 F CFA de caution demandés il y a trois ans. Aujourd’hui, cette barrière n’existe plus.
Le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Jean Claude Kargougou, a détaillé les nouveaux tarifs lors d’un conseil des ministres. Désormais, le coût d’un scanner est passé de 50 000 à 25 000 FCFA, tandis que l’IRM, autrefois facturée 100 000 FCFA, est accessible à 40 000 FCFA. Quant à la dialyse d’urgence, elle ne coûte plus que 2 500 FCFA après la suppression totale de la caution de 500 000 FCFA.
Des économies réelles pour les patients de Ouagadougou à Ziniaré
Sur le terrain, l’application de ces mesures est une réalité palpable. Au CHU de Bogodogo, Dame Ouédraogo, née Nikiéma Élodie, exprime son soulagement après avoir payé son IRM pelvienne 40 000 FCFA, contre des tarifs pouvant atteindre 150 000 FCFA dans le secteur privé. Le directeur général de l’établissement, Seydou Nombré, confirme que ces dispositions sont strictement respectées.
Le constat est identique au CHR de Ziniaré, dans la région de l’Oubritenga. Le directeur général, Mady Zorné, souligne que cette réforme a permis de réduire drastiquement les évacuations sanitaires vers Ouagadougou. Grâce à des équipements fonctionnels et des tarifs abordables, les diagnostics sont posés plus rapidement, améliorant ainsi l’efficacité de la prise en charge clinique.

Le défi de la dialyse au CHU Yalgado Ouédraogo
Au cœur de la capitale, le CHU Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) fait face à une demande massive. Tuina Nsoma Hélène, majore du service de dialyse, gère un flux constant de patients avec 34 machines opérationnelles. Si la fin de la caution de 500 000 FCFA a permis d’intégrer de nouveaux malades, la pression logistique demeure forte. « La suppression de la caution est une victoire, mais le besoin en machines reste criant », confie-t-elle.
Le service de radiologie, dirigé par le Professeur Nina Astrid Ouédraogo, a enregistré une hausse de 38 % du nombre de scanners en un an, prouvant que la barrière financière était le principal obstacle aux soins.

Impact social à Bobo-Dioulasso
À Bobo-Dioulasso, le CHU Sourou Sanou (CHUSS) applique également ces nouvelles directives. Pour Élie Ouattara, venu pour des soins courants, la baisse des prix des consommables est une bouffée d’oxygène. Dans la salle de dialyse, le Dr Hamidou Sawadogo, néphrologue, suit 125 patients chroniques. Bien que 17 nouveaux patients aient pu rejoindre le service sans payer de caution, il appelle à un renforcement des capacités d’accueil.
Dame Sanou, née Traoré Salimata, qui lutte contre l’insuffisance rénale depuis 2018, voit dans cette réforme une reconnaissance de la dignité humaine. De son côté, Youl Sié plaide pour une décentralisation accrue des centres de dialyse afin d’éviter les déplacements épuisants qui impactent la vie familiale et sociale des malades.

Le Burkina Faso progresse pas à pas vers une couverture santé plus inclusive. L’inauguration récente du CHU de Pala et de son centre de radiothérapie par le Capitaine Ibrahim Traoré, ainsi que l’annonce de neuf autres hôpitaux de haut standing, marquent une volonté politique forte de faire de la santé un droit accessible à tous les Burkinabè.


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