Cadhp : le Burkina Faso face à ses obligations en droits humains
La CADHP doit examiner les manquements du Burkina Faso en matière de droits humains
Lors de sa prochaine évaluation du Burkina Faso, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) doit mettre en lumière les graves violations subies par les civils dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, en proie à une insurrection jihadiste depuis 2016. Human Rights Watch appelle l’organisation à exiger des autorités burkinabè qu’elles protègent les populations civiles, préservent l’espace civique et assurent la reddition des comptes pour les crimes commis.
La procédure d’examen des rapports des États, un mécanisme de l’Union africaine, doit permettre d’évaluer la conformité du Burkina Faso à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pourtant, le dernier rapport soumis par Ouagadougou en mai 2023, couvrant la période 2015-2021, occulte des enjeux majeurs comme les violences commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes, les restrictions des libertés fondamentales et l’impunité généralisée.
Un conflit meurtrier et des responsabilités floues
Le Burkina Faso est engagé dans une lutte armée contre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) depuis 2016. Ces groupes, responsables d’exécutions sommaires, de violences sexuelles, d’enlèvements et de pillages, ont plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent. Les forces de sécurité burkinabè, de leur côté, sont accusées de crimes contre l’humanité, notamment des massacres de civils, des disparitions forcées et des tortures.
Malgré des engagements affichés, comme la création d’un pôle anti-terroriste ou la formation des militaires aux droits humains, les enquêtes et poursuites judiciaires restent quasi inexistantes. Human Rights Watch a documenté des cas de frappes de drones contre des civils, d’exécutions extrajudiciaires et de représailles contre les dissidents. Pourtant, le rapport officiel ne mentionne aucun suivi judiciaire pour ces crimes.
L’espace civique sous pression
Depuis le double coup d’État militaire de 2022, les autorités ont intensifié la répression contre les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques. Des cas documentés incluent :
- La conscription illégale d’opposants pour les punir ;
- Les enlèvements et disparitions forcées de détracteurs du régime ;
- L’intimidation et le harcèlement judiciaire contre les militants.
En décembre 2023, la CADHP a exprimé sa préoccupation face à l’enlèvement de Daouda Diallo, une figure majeure de la défense des droits humains au Burkina Faso. En juillet 2024, elle a dénoncé la disparition de trois journalistes, sans obtenir aucune réponse des autorités.
Des recommandations urgentes pour la CADHP
Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique chez Human Rights Watch, insiste : « La CADHP doit exiger du Burkina Faso qu’il protège les civils lors des opérations militaires et respecte le droit international humanitaire. Elle doit aussi garantir l’accès à la justice pour les victimes et mettre fin à l’impunité. »
Parmi les mesures prioritaires à recommander :
- L’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les crimes commis par les forces de sécurité et les groupes armés ;
- La levée des restrictions imposées aux activistes, journalistes et opposants ;
- La visite officielle de la CADHP au Burkina Faso pour évaluer la situation sur le terrain.
La CADHP dispose d’une opportunité unique de faire pression sur le gouvernement burkinabè. Son silence ou son inaction risquerait d’aggraver la crise des droits humains dans un pays déjà profondément meurtri.