Situation alarmante des droits humains au Burkina Faso après deux ans de junte

Un régime de transition en dérive : l’espace civique et démocratique étouffé

Depuis deux ans, le Burkina Faso est dirigé par une junte militaire issue d’un coup d’État. Malgré les promesses initiales de retour à l’ordre constitutionnel, les autorités ont méthodiquement fermé l’espace civique et étouffé les libertés fondamentales. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce une dérive autoritaire où toute voix critique est systématiquement muselée.

Les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants politiques subissent désormais une répression quotidienne : arrestations arbitraires, enlèvements, séquestrations, disparitions forcées ou encore menaces envers leurs proches. Cette atmosphère de terreur est amplifiée par des discours de haine et de violence propagés par des militants pro-gouvernementaux sur les réseaux sociaux.

Face à cette situation, la FIDH exige que les autorités burkinabè cessent immédiatement ces attaques et libèrent tous les détenus politiques. Elle rappelle également l’urgence de respecter les engagements nationaux, régionaux et internationaux en matière de droits humains.

Des voix autoritaires s’élèvent contre cette répression

« Étouffer la société civile et réprimer les défenseurs des droits humains, les journalistes et les opposants est inacceptable, surtout dans un contexte de transition censé rétablir la gouvernance et l’État de droit », déclare Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « La société civile doit être protégée. Il est impératif de préserver la liberté d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de presse ».

Violence accrue et crimes de guerre : un bilan sombre pour les civils

Bien que la résolution du conflit armé ait été présentée comme une priorité par le régime, la FIDH constate une recrudescence des violences contre les populations civiles. Toutes les parties impliquées dans le conflit sont responsables de ces exactions. L’une des attaques les plus meurtrières a eu lieu le 24 août 2024, lorsqu’un assaut revendiqué par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a ciblé des civils, des forces de sécurité et des Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP), faisant de nombreuses victimes. Ces crimes ont été condamnés par la FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel.

Enrôlement forcé : une nouvelle forme de répression politique

Depuis novembre 2023, les autorités ont instauré une pratique inouïe : l’enrôlement forcé de défenseurs des droits humains, journalistes et opposants politiques comme supplétifs de l’armée. Cette mesure, prévue par le « Décret portant mobilisation générale et mise en garde » adopté en avril 2023, vise à punir ceux qui critiquent ou dénoncent les violations des droits humains. Parmi les victimes figurent Dr Daouda Diallo, défenseur des droits humains et figure de la société civile, ainsi qu’Ablassé Ouédraogo, personnalité politique.

Les magistrats ne sont pas épargnés. En août 2024, au moins cinq procureurs et juges ont été réquisitionnés de force, en violation du principe de séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice. Certains étaient en charge de dossiers impliquant des proches du régime. Ces magistrats ont été envoyés au front du 14 août au 13 novembre 2024, couvrant notamment les tribunaux de Ouagadougou 1, Boromo, Bobo-Dioulasso, Gaoua et Ziniaré.

« Envoyer des magistrats, garants de l’application de la loi, au front en représailles à des décisions de justice défavorables à des proches du pouvoir est inacceptable », dénonce Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « Les autorités burkinabè bafouent leur propre Constitution ainsi que leurs obligations internationales, notamment celles protégeant les défenseurs des droits humains ».

La liberté de la presse : un droit en voie de disparition

Les médias locaux sont sous contrôle strict, tandis que les grands médias internationaux sont interdits. Les journalistes sont contraints d’adopter un « traitement patriotique » de l’information, c’est-à-dire favorable au régime. Les attaques et menaces se multiplient, poussant à une autocensure généralisée.

Parmi les cas les plus graves : M. Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de l’Événement, a été enlevé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024. Sa famille n’a plus eu de nouvelles depuis. Son journal avait été suspendu un mois plus tôt. En juin 2024, deux autres journalistes, Kalifara Séré et Adama Bayala, ont également été enlevés après la suspension de leur émission « 7 Infos » sur la chaîne privée BF1. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a exprimé sa « vive préoccupation » face à cette situation, qualifiant ces actes de « menace grave contre l’intégrité physique et morale des journalistes ».

Les familles d’opposants en exil : une nouvelle cible

Depuis quelques semaines, les proches d’anciens dignitaires sont harcelés, victimes de violences et d’enlèvements. Entre le 11 et le 16 septembre 2024, au moins deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, ont été violentés et enlevés à Ouagadougou. Ces actes sont directement liés aux incitations à la violence lancées par des militants proches du régime.

« Nous appelons l’Union africaine et les Nations unies à coordonner leurs efforts pour exhorter les autorités du Burkina Faso à mettre fin à cette spirale de violence, libérer les personnes enlevées et garantir leur intégrité physique et morale », déclare le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.