Confiance retrouvée entre la France et le Maroc après une visite diplomatique historique

Confiance retrouvée entre la France et le Maroc après une visite diplomatique historique

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à gauche) et son homologue marocain Aziz Akhannouch à l’issue d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères à Rabat.

La visite officielle du Premier ministre français Sébastien Lecornu à Rabat jeudi dernier a marqué un tournant dans les relations franco-marocaines, avec l’affichage d’une confiance retrouvée entre les deux pays. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité du réchauffement diplomatique engagé par Emmanuel Macron et le roi Mohammed VI, dont une visite d’État à Paris est désormais à l’étude.

M. Lecornu a qualifié les relations bilatérales de « exceptionnellement positives », soulignant un bilan très encourageant depuis que la France a reconnu, à l’été 2024, la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette prise de position avait suscité une vive réaction d’Alger, mais a permis de clore trois années de tensions marquées par des soupçons d’espionnage et une crise des visas.

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à gauche) et son homologue marocain Aziz Akhannouch échangent une accolade à l’issue de leur rencontre.

Cependant, un consortium international a publié jeudi de nouvelles révélations concernant l’utilisation présumée du logiciel Pegasus par le Maroc pour des activités d’espionnage. Rabat a immédiatement démenti ces allégations, les qualifiant de « mensongères et infondées ». Face à ces accusations, la délégation française a adopté une position ferme, estimant que ces sujets appartenaient au passé et ne devaient pas entraver la dynamique actuelle.

Un partenariat stratégique inédit

La rencontre de haut niveau entre les deux délégations, la première depuis 2019, a été qualifiée de « moment charnière » par Sébastien Lecornu. L’objectif affiché est de renforcer la coopération et la confiance mutuelle, notamment dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et de la mobilité circulaire entre les deux rives de la Méditerranée.

Parmi les avancées majeures, Paris a promis de faciliter les déplacements des entrepreneurs et étudiants marocains, un dossier qui avait cristallisé les tensions en 2021 et 2022. Sébastien Lecornu a également salué « l’excellente coopération entre les services de sécurité », permettant des résultats opérationnels inédits contre la criminalité organisée et le narcotrafic.

Le Premier ministre français a mis en avant l’importance stratégique de l’Afrique, où les deux pays affrontent ensemble la menace jihadiste au Sahel. Il a insisté sur la nécessité de « se déployer ensemble, plus encore » sur le continent, où le Maroc est désormais considéré comme la priorité de la diplomatie française au Maghreb.

Sébastien Lecornu prononce un discours lors d’une séance plénière avec des ministres marocains à Rabat.

Douze accords et un traité historique

À l’issue des échanges, une douzaine d’accords ont été signés, dont un traité « hors normes », premier du genre conclu par la France avec un pays hors Union européenne. Ce partenariat renforcé s’appuie sur une « vision stratégique partagée », selon les termes d’Aziz Akhannouch, qui a évoqué une « confiance retrouvée et une ambition commune ».

Parmi les projets concrets, un appel à manifestation d’intérêt a été lancé pour interconnecter les réseaux électriques des deux pays. Par ailleurs, des conventions de financement ont été signées avec l’Agence française de développement, notamment pour un projet de ligne RER à Rabat et des investissements dans le secteur de l’eau.

Sur le plan sécuritaire, Paris semble désormais privilégier son partenariat avec Rabat pour traiter les enjeux au Sahel, alors que la coopération avec Alger reste limitée malgré son récent redémarrage. Cette dynamique marque un changement notable dans la stratégie française au Maghreb, avec le Maroc désormais placé au cœur de ses priorités régionales.

Le Premier ministre marocain Aziz Akhannouch (à gauche) et le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita lors de la séance plénière avec la délégation française.

En conclusion, la visite de Sébastien Lecornu à Rabat a confirmé la volonté des deux pays de tourner la page des tensions passées et d’entamer une nouvelle ère de collaboration étroite, marquée par des engagements concrets et une volonté politique affirmée.