Influence de la Russie au Mali et dans la région du Sahel : quel bilan ?

L’influence croissante de la Russie au Mali et dans le Sahel : quel impact sur la sécurité ?

Depuis son arrivée au Mali, la Russie y déploie une présence militaire accrue, redessinant les équilibres sécuritaires dans la région du Sahel. Une stratégie qui suscite désormais des interrogations.

Un partenariat militaire russe sous les projecteurs après des attaques d’envergure au Mali

Quelques jours seulement après des offensives simultanées menées par des groupes armés contre des bases militaires maliennes, le colonel Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir, a affirmé le 29 avril 2026 que la situation était « sous contrôle ». Selon ses déclarations, des forces aériennes russes ont apporté un soutien aérien crucial pour empêcher la capture de positions stratégiques, dont le palais présidentiel à Bamako. Pourtant, la sécurité au Mali reste extrêmement fragile : malgré les annonces rassurantes, les autorités peinent à reprendre le contrôle de plusieurs villes et localités aux mains de rebelles touaregs et de groupes liés à Al-Qaïda.

Ces groupes armés, qui ont annoncé leur intention de faire le siège de la capitale malienne, ont lancé samedi dernier une attaque coordonnée d’une ampleur inédite dans plusieurs villes, dont Bamako. Le bilan est lourd : le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort, et des villes comme Kidal, dans le nord du pays, ont été brièvement occupées par les assaillants. L’armée malienne affirme avoir neutralisé plus de 200 combattants ennemis.

Retrait des forces russes de Kidal : un tournant dans la coopération militaire ?

Les récentes attaques ont soulevé des questions sur l’efficacité du partenariat militaire entre Bamako et Moscou. Des rapports indiquent que les forces russes ont quitté la ville de Kidal, située dans le nord du Mali, abandonnant du matériel lourd et des équipements, dont une station de drones. Selon l’Africa Corps – une unité du ministère russe de la Défense ayant remplacé le groupe Wagner après la mort de son fondateur – ce retrait a été décidé en accord avec les autorités maliennes. Pourtant, cette décision a surpris de nombreux observateurs, d’autant que des rumeurs évoquent une possible négociation préalable avec l’Algérie pour organiser ce départ.

Cette situation a alimenté les doutes quant à la fiabilité du soutien russe dans la région. Alors que le groupe Wagner était réputé pour son approche offensive, l’Africa Corps adopte désormais une posture plus défensive, ce qui interroge sur son rôle réel dans la lutte contre l’insécurité au Sahel.

Rôle et évolution de l’Africa Corps : de Wagner à une structure plus officielle

Depuis 2021, près de 2 000 combattants russes sont déployés au Mali, initialement sous la bannière du groupe Wagner. Après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023, ces forces ont été intégrées à l’Africa Corps, une unité placée sous l’autorité directe du ministère russe de la Défense. Bien que certains anciens mercenaires de Wagner aient rejoint cette nouvelle structure, leur approche au combat a radicalement changé : moins agressive, plus prudente, et semble-t-il moins engagée dans les combats frontaux.

Cette transformation s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à renforcer son influence en Afrique. Outre le Mali, des effectifs russes sont également présents en République centrafricaine, en Libye et au Soudan, où leur rôle oscille entre soutien logistique et participation active aux combats. Dans les pays voisins du Sahel comme le Niger et le Burkina Faso, où la violence des groupes djihadistes s’intensifie, leur présence est plus discrète et se limite souvent à des missions de conseil et de supervision.

Un impact mitigé sur la sécurité régionale

Malgré des succès ponctuels, comme la reprise de Kidal en 2023, les récents événements au Mali remettent en cause l’image d’efficacité que la Russie cherchait à projeter dans la région. Les attaques du 26 avril 2026, marquées par la chute temporaire de Kidal et la mort du ministre de la Défense, constituent un revers symbolique et stratégique pour Moscou. Ulf Laessing, expert en Afrique de l’Ouest à la Fondation Konrad-Adenauer, résume la situation : « L’Africa Corps a perdu toute crédibilité. Ils n’ont pas tenu tête aux assaillants et ont abandonné Kidal, une place forte touarègue, laissant derrière eux du matériel militaire. Cela donne l’impression d’un manque d’engagement, voire d’une surestimation de leurs capacités. »

Depuis ces événements, les autorités maliennes ont évacué Kidal pour se replier sur Gao, la plus grande ville du nord. Pendant ce temps, le groupe JNIM (lié à Al-Qaïda) a annoncé un siège de Bamako, ajoutant une pression supplémentaire sur les forces en présence. Le ministère russe de la Défense affirme que ses unités continuent d’appuyer les troupes maliennes, mais les doutes persistent quant à leur réelle efficacité.

Les images diffusées par Moscou montrent des frappes aériennes attribuées à l’Africa Corps, mais leur impact réel reste difficile à évaluer. « La Russie aura du mal à convaincre de nouveaux pays de faire appel à l’Africa Corps après cet échec. Leur réputation est durablement entachée », souligne Ulf Laessing.

Quelles perspectives pour le Sahel face à l’influence russe ?

L’arrivée des forces russes au Mali en 2021, après le retrait des troupes françaises et onusiennes, avait été présentée comme une alternative non coloniale par Moscou. En se positionnant comme un acteur impartial, la Russie a tenté de séduire les gouvernements du Sahel, notamment ceux du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tous dirigés par des juntes militaires et membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023 après leur retrait de la CEDEAO.

Cependant, les récents développements montrent que cette stratégie connaît des limites. Les attaques coordonnées d’avril 2026 ont révélé des failles majeures dans le dispositif sécuritaire malien, malgré le soutien russe. Les populations locales et les analystes s’interrogent désormais sur la capacité de Moscou à garantir une stabilité durable dans la région.

Alors que le groupe Wagner avait initialement permis de renforcer le contrôle gouvernemental dans des zones comme Kidal, son remplacement par l’Africa Corps semble avoir affaibli la position russe. Les critiques fusent, notamment sur le manque de combativité des nouvelles troupes, qui contrastent avec l’image de mercenaires impitoyables autrefois associée à Wagner.

Dans un contexte où les groupes djihadistes gagnent du terrain et où les juntes militaires cherchent désespérément des solutions, l’avenir de la coopération sécuritaire entre le Sahel et la Russie reste incertain. Une chose est sûre : la crédibilité de Moscou en tant que partenaire militaire fiable dans la région est aujourd’hui fortement ébranlée.