La transition politique au Burkina Faso : les enjeux d’un nouveau départ
Une architecture institutionnelle inédite pour le Burkina Faso
Le processus de transition au Burkina Faso se dessine à travers une configuration politique singulière. Suite au départ de Blaise Compaoré, la nomination de Michel Kafando comme Président de la Transition marque une étape clé, bien que son caractère anticonstitutionnel soulève des questions au sein de la communauté internationale. Pour une période d’au moins douze mois, le pays s’appuie sur des instances créées sur mesure pour stabiliser l’État.
L’ascension d’Isaac Zida et le rôle de l’armée
Après la chute du régime précédent, le lieutenant-colonel Isaac Zida a rapidement investi l’espace public, s’appropriant les prérogatives de chef d’État. Issu du Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP), son irruption a d’abord suscité la méfiance. Beaucoup se sont interrogés sur une possible concertation avec le général Gilbert Diendéré pour maintenir l’influence de l’ancienne garde. Les premières mesures, telles que la suspension de la Constitution et la dissolution de l’Assemblée nationale, ont fait craindre l’établissement d’une junte militaire au détriment de la victoire populaire.
La pression internationale et la Charte de la Transition
Face aux menaces de sanctions de l’Union Africaine et à la médiation de la CEDEAO — portée par les présidents du Ghana, du Nigeria et du Sénégal — les officiers burkinabés ont dû infléchir leur position. Les exemples passés en Guinée et au Mali ont servi d’avertissement contre l’isolement diplomatique. Il en a résulté un compromis consigné dans la Charte de la Transition : un civil à la présidence, tandis que l’armée conserve un poids prépondérant au sein du gouvernement et du Conseil National de Transition (CNT).
Michel Kafando : un diplomate au sommet de l’État
Le choix du Chef de l’État s’est porté sur Michel Kafando, un diplomate chevronné ayant représenté le Burkina Faso aux Nations unies. Il a été préféré à d’autres figures comme Joséphine Ouédraogo ou les journalistes Newton Ahmed Barry et Chériff Sy Moumina. Michel Kafando cumule ses fonctions présidentielles avec le portefeuille des Affaires étrangères, offrant ainsi un interlocuteur unique aux partenaires internationaux, notamment à Paris et Washington.
La composition du gouvernement de transition
L’exécutif se compose de 26 ministres, dont quatre postes stratégiques occupés par des militaires :
- Isaac Zida : Premier ministre et ministre de la Défense.
- Auguste Denise Barry : Administration territoriale et Sécurité.
- David Kabré : Sports.
- Boubacar Ba : Mines et Énergie.
Le CNT, organe législatif de 90 membres, est quant à lui présidé par Chériff Sy Moumina, élu à une large majorité.
Réconciliation nationale et dossier Thomas Sankara
Une Commission de la Réconciliation Nationale et des Réformes (CRNR) a été instaurée pour entamer un travail de catharsis. Le président Michel Kafando a autorisé des enquêtes pour identifier les restes de Thomas Sankara, assassiné il y a plus de 27 ans. Le gouvernement a également évoqué une possible demande d’extradition de Blaise Compaoré depuis le Maroc. Ces annonces fortes visent à répondre aux attentes de la société civile, bien que la réforme de l’armée reste un défi majeur, illustré par le remplacement du général Gilbert Diendéré par le commandant Théophile Nikièma.
Vers les élections de 2015
Alors que les institutions sont désormais opérationnelles, la scène politique se prépare pour les échéances électorales de novembre 2015. Les membres actuels de l’exécutif et du CNT ne pourront pas se présenter, laissant le champ libre aux leaders des partis politiques. La dissolution de la coalition de l’opposition (CFOP) marque le début d’une nouvelle compétition électorale pour l’avenir du Burkina Faso.