Méningite et rougeole au Niger : enjeux et stratégies de vaccination face aux épidémies
méningite et rougeole au Niger : enjeux et stratégies de vaccination face aux épidémies
Miriam Alía, responsable de la vaccination et de la réponse aux épidémies chez Médecins Sans Frontières (MSF), analyse les épidémies de méningite C et de rougeole qui ont frappé le Niger depuis début 2018.
comprendre les causes des épidémies de méningite et de rougeole au Niger
Le Niger a été confronté, ces dernières années, à des épidémies récurrentes de méningite C et de rougeole, deux maladies hautement contagieuses et potentiellement mortelles. Malgré l’existence de vaccins, leur impact reste limité en raison de défis structurels et logistiques spécifiques à chaque pathologie.
méningite C : des obstacles majeurs à la vaccination préventive
Contrairement à la rougeole, pour laquelle un vaccin existe depuis des décennies, la méningite C pose des défis bien plus complexes. Il n’existe pas encore de vaccin abordable et efficace contre tous les sérogroupes de la méningite. La production limitée de vaccins, notamment en raison du désintérêt des laboratoires pharmaceutiques pour ces marchés moins lucratifs, retarde leur disponibilité. Résultat : les campagnes de vaccination ne sont souvent lancées qu’en réaction à une épidémie déclarée, réduisant ainsi leur efficacité.
En Afrique, la région surnommée « ceinture de la méningite » est régulièrement touchée par des flambées épidémiques. En 2018, bien que la situation ait été moins intense, une pénurie persistante de vaccins a empêché de constituer un stock de sécurité suffisant. Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins n’a pu réunir que cinq millions de doses pour le sérogroupe C, loin des besoins réels.
pourquoi la pénurie de vaccins contre la méningite persiste-t-elle ?
La méningite se décline en plusieurs sérogroupes (A, B, C, W135, X), et aucun vaccin ne couvre l’ensemble de ces variants. Le vaccin conjugué tétravalent, efficace contre les quatre sérogroupes les plus courants, reste onéreux, limitant son accessibilité. Le Serum Institute of India développe actuellement un vaccin pentavalent (A, C, Y, W-135, X) plus abordable, mais sa commercialisation est prévue pour 2020 seulement.
En attendant, les laboratoires hésitent à investir dans de nouveaux vaccins par crainte de ne pas rentabiliser leurs efforts. Au Niger, cette situation a conduit à vacciner uniquement en réaction aux épidémies, et non en prévention.
réponse aux épidémies au Niger : actions et constats
En collaboration avec le ministère de la Santé, MSF a vacciné plus de 30 000 personnes contre la méningite C dans la région de Tahoua. Une surprise est venue des nombreux cas de sérogroupe X détectés, pour lequel aucun vaccin n’existe à ce jour. Cette découverte soulève des inquiétudes pour les années à venir.
Parallèlement, des stratégies innovantes ont été testées, comme l’administration de ciprofloxacine à l’ensemble des habitants d’une zone rurale. Une étude publiée dans PLOS Medicine en juin 2018 a démontré une réduction significative de la transmission de la maladie. D’autres recherches sont en cours pour évaluer l’efficacité de cette méthode en milieu urbain.
rougeole au Niger : un défi de couverture vaccinale
Le vaccin contre la rougeole est intégré aux programmes de vaccination systématique depuis 1974. Pourtant, la couverture vaccinale reste insuffisante pour interrompre la transmission de la maladie. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : un calendrier vaccinal strict limitant la vaccination aux enfants de moins de 23 mois, alors que les vaccins disponibles ne couvrent que les moins de 12 mois. De plus, les enfants de plus d’un an ne sont pas systématiquement vaccinés lors de leur visite médicale.
Les populations nomades ou vivant dans des zones en conflit ont également un accès limité aux centres de santé, rendant la couverture vaccinale encore plus difficile à atteindre. Pour stopper la propagation de la rougeole, il est impératif d’atteindre un taux de vaccination de 95 % dans la population.
95 %
Pour enrayer la propagation de la rougeole, une couverture vaccinale minimale de 95 % est indispensable, un objectif difficile à atteindre dans le contexte nigérien.
améliorer la couverture vaccinale : pistes et solutions
Pour renforcer la protection contre ces maladies, plusieurs mesures pourraient être mises en place. Le calendrier vaccinal pourrait être assoupli, permettant de vacciner les enfants jusqu’à 5 ans. Chaque contact avec le système de santé devrait être l’occasion de vérifier et de mettre à jour le carnet de vaccination.
Des campagnes de vaccination multiantigéniques permettraient également de vacciner les enfants contre plusieurs maladies simultanément. Par exemple, lors d’une campagne contre la rougeole à Arlit (Agadez), les équipes ont profité pour administrer le vaccin pentavalent et antipneumococcique aux enfants de moins d’un an.
intégrer le vaccin contre le tétanos dans les campagnes de vaccination
Lorsque les vaccins sont disponibles, il est également possible d’administrer le vaccin contre le tétanos aux femmes enceintes ou en âge de procréer. Ce vaccin nécessite cinq doses, souvent inaccessibles pour les femmes nigériennes. Profiter des campagnes de vaccination existantes pour le leur administrer améliore la protection des mères et des nouveau-nés.
Depuis 2018, MSF, en partenariat avec le ministère de la Santé, a vacciné plus de 179 460 personnes au Niger : 145 843 enfants âgés de 6 mois à 15 ans contre la rougeole, et 33 620 personnes âgées de 2 à 29 ans contre la méningite C. Une campagne est actuellement en cours à Arlit (Agadez) pour vacciner plus de 50 000 enfants de moins de 5 ans, avec l’ajout du vaccin pentavalent et antipneumococcique pour les moins d’un an.
Les seuils d’alerte et épidémiques pour la méningite sont fixés à 5 et 15 cas pour 100 000 habitants par semaine dans les localités de plus de 30 000 habitants. Ces seuils peuvent être ajustés à 10 cas/100 000 habitants/semaine en cas de risque accru.