Niger : les autorités militaires menacent les droits fondamentaux après le coup d’état
Un contexte post-coup d’État marqué par une répression accrue des libertés
Depuis le coup d’État perpétré le 26 juillet 2023 au Niger, les autorités militaires nigériennes ont instauré un climat de terreur en procédant à des arrestations arbitraires ciblant d’anciens responsables gouvernementaux, des journalistes et des opposants. Ces actions, dénoncées par des organisations internationales comme Human Rights Watch et Amnesty International, sapent les fondements des droits humains dans le pays.
Parmi les figures emprisonnées figurent d’anciens ministres tels que Sani Mahamadou Issoufou (Pétrole), Hamadou Adamou Souley (Intérieur), Kalla Moutari (Défense) et Ahmad Jidoud (Finances). Ces arrestations, motivées par des raisons politiques, violent les principes de procédure régulière, d’autant que certains détenus sont des civils jugés par des tribunaux militaires.
Le Niger s’engage sur une pente glissante en matière de droits humains avec des arrestations arbitraires et une répression systématique de la liberté d’expression.
Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior spécialiste du Sahel, Human Rights Watch
Une réaction internationale et des sanctions contre le nouveau régime
Face à cette crise, la CEDEAO a réagi avec fermeté : fermeture des frontières, suspension des échanges commerciaux et menace d’intervention militaire si le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ne rétablissait pas l’ordre constitutionnel. Le 10 août, l’organisation a imposé des sanctions économiques (gels d’avoirs, interdictions de voyager) contre les putschistes et le pays. L’Union africaine, quant à elle, a suspendu le Niger de ses instances tout en prônant une solution pacifique.
Le 11 octobre, les autorités nigériennes ont expulsé la Coordinatrice résidente des Nations Unies, Louise Aubin, sous prétexte de « sabotage » après l’exclusion du pays de l’Assemblée générale de l’ONU.
Détentions arbitraires et violations des droits fondamentaux
L’ancien président Mohamed Bazoum, détenu avec sa famille au palais présidentiel de Niamey, fait face à des accusations de « haute trahison » et de « menace à la sécurité nationale ». Bien qu’il ait saisi la Cour de justice de la CEDEAO pour dénoncer les violations de ses droits, aucune décision judiciaire n’a encore été appliquée. Son fils, Salem Mohamed Bazoum, a obtenu une ordonnance de libération le 3 octobre, mais celle-ci reste lettre morte.
Les conditions de détention de Mohamed Bazoum et de sa famille suscitent l’inquiétude : détention au secret, isolement et rejet des allégations d’évasion, selon ses avocats. Les arrestations arbitraires de responsables politiques et la suppression des libertés individuelles illustrent une dérive autoritaire.
Un climat de peur pour les journalistes et les opposants
Les médias et la société civile subissent une pression sans précédent. Les journalistes sont victimes de menaces, de harcèlement en ligne et de violences physiques. Le 3 août, les chaînes Radio France Internationale et France 24 ont été suspendues indéfiniment par le CNSP. L’autocensure s’impose comme une stratégie de survie pour éviter les représailles.
Parmi les cas emblématiques :
- Samira Sabou, blogueuse et journaliste, arrêtée le 30 septembre puis libérée sous contrôle judiciaire pour « diffusion de données perturbant l’ordre public ». Elle avait déjà été condamnée en 2022 pour ses enquêtes sur le trafic de drogue.
- Samira Ibrahim (« Precious Mimi »), condamnée à 6 mois de prison avec sursis pour une publication Facebook critiquant le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau régime.
Violences post-coup d’État et impunité
Les partisans du CNSP ont commis des actes de violence contre les membres du PNDS-Tarayya (parti de Mohamed Bazoum). Le 27 juillet, le siège du parti a été incendié, des véhicules détruits et des militants agressés. En août, des femmes ont été victimes d’agressions sexuelles lors de patrouilles illégales, sans qu’aucun coupable ne soit inquiété à ce jour.
Un engagement international pour le retour à la démocratie
Malgré les promesses du CNSP de respecter les droits humains et les libertés fondamentales, la réalité est tout autre. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Niger, est bafoué au quotidien.
La liberté d’expression et la protection des journalistes sont indispensables à la démocratie. Les autorités de transition doivent mettre fin sans délai aux violences, aux arrestations arbitraires et aux intimidations envers la société civile.
Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel, Amnesty International
Le Niger se trouve à un carrefour critique : soit le pays s’engage sur la voie de la réconciliation et du respect des droits humains, soit il sombre dans une répression durable. La communauté internationale maintient une pression pour un retour à l’ordre constitutionnel et la libération des détenus politiques.