Urgence humanitaire au Sahel : le cri d’alarme du HCR pour 4 millions de déplacés
Face à une situation qui ne cesse de se dégrader, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé un appel pressant à la solidarité mondiale. Actuellement, près de 4 millions de personnes sont déracinées au Burkina Faso, au Mali, au Niger ainsi que dans les États limitrophes. Ce chiffre alarmant représente une augmentation de plus de 60 % en seulement cinq ans, une explosion migratoire alimentée par l’insécurité chronique, la précarité des services publics et les dérèglements climatiques.
Lors d’une intervention médiatique, Abdouraouf Gnon-Konde, le Directeur du Bureau régional du HCR pour l’Afrique occidentale et centrale, a souligné que si la majorité des déplacés restent à l’intérieur de leurs frontières nationales, les traversées de frontières deviennent de plus en plus fréquentes. Ce phénomène accroît considérablement la charge pesant sur les nations d’accueil et leurs infrastructures publiques.
Cette crise migratoire survient dans un contexte de raréfaction des ressources. Depuis l’année 2022, alors que les nécessités humanitaires grimpent en flèche au Sahel, les financements disponibles, eux, s’étiolent de manière inquiétante.
Un déficit de financement aux conséquences dramatiques
L’agence onusienne exhorte la communauté internationale à renouveler son soutien pour stabiliser le centre du Sahel. Les défis actuels dépassent les capacités de réponse des seuls pays de la région. Pour l’année en cours, le HCR n’a pu mobiliser que moins d’un tiers des 409 millions de dollars nécessaires à ses interventions.
Ce manque de moyens paralyse des services vitaux tels que l’état civil, l’instruction, les soins médicaux et l’accès au logement. Abdouraouf Gnon-Konde a notamment précisé que plus de 212 000 réfugiés et demandeurs d’asile présents au Burkina Faso, au Mali et au Niger ne disposent d’aucun enregistrement officiel. Cette absence de documents les prive de droits fondamentaux et les expose à des risques accrus de harcèlement ou de détentions injustifiées.
En parallèle, les exactions des groupes armés djihadistes perdurent, soumettant les civils à des violences physiques, des enrôlements forcés et des entraves à leur liberté de mouvement. Les femmes et les enfants constituent la grande majorité (80 %) de ces populations en fuite, subissant de plein fouet une augmentation marquée des violences basées sur le genre cette année.
Éducation et santé : des services à l’arrêt
L’insécurité a provoqué l’effondrement de pans entiers des services de base :
- Plus de 900 centres de santé ont dû cesser leurs activités, laissant des millions de citoyens sans assistance médicale.
- À la mi-2025, environ 14 800 établissements scolaires étaient fermés dans la zone, privant 3 millions de jeunes d’éducation.
Cette rupture éducative fragilise la jeunesse, la rendant plus vulnérable aux réseaux de traite d’êtres humains et au recrutement par les groupes armés. Par ailleurs, la faim s’impose désormais comme un moteur de déplacement majeur. Le nombre de personnes fuyant leur foyer à cause de l’insécurité alimentaire a doublé récemment.
Enfin, le HCR pointe du doigt l’impact des crises climatiques qui exacerbent les tensions autour des ressources naturelles, comme l’eau et les terres cultivables. Ces pressions environnementales menacent directement la cohésion sociale et la coexistence pacifique entre les populations déplacées et les communautés qui les reçoivent.